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tiny house

LES TINY HOUSE

Effet de mode ou solution à la crise ?

Texte Nelly Seznec
PUBLIÉ LE 1 MAI 2016

Respect de l’environnement, qualité de vie, aspiration philosophique, nécessité économique… Une nouvelle forme d’habitat se développe : la Tiny House ou micro-maison mobile. Serait-ce une solution à la faible densité de population ? Un moyen de devenir propriétaires pour les familles touchées par le chômage ? Une alternative écologique ? Une maison de poupées pour bobos ? Ambitions a mené son enquête.

tiny house France

Au printemps 2015, la jeune française Laëtitia Dupé présentait au public Baluchon, la première Tiny House qu’elle a construite seule. © BALUCHON

Jusque-là, on pouvait évaluer son niveau de vie à la marque de sa voiture, à la destination de ses vacances…et bien sûr à la superficie de sa maison. Mais ça c’était avant. Avant que Pôle emploi n’ait fait le plein, avant le surendettement des ménages, avant que le prix de l’immobilier s’envole, avant que les conditions d’acceptation des prêts bancaires deviennent drastiques.

Alors, souhaités ou contraints, nos modes de vie évoluent. C’est pourquoi, de plus en plus de personnes souhaitent vivre en autonomie et, dans la foulée, accorder leur vie au rythme de la nature.

MADE IN USA

C’est sans doute ce qui explique le succès français des camping-car (on compte aujourd’hui 400 000 immatriculations sur le sol français) et, plus récemment, l’engouement pour les micro-maisons. Le mouvement des Tiny House vient des Etats-Unis et date du début des années 2000 (suite à la crise des subprimes), talonné par le Québec.

Quinze ans plus tard, la France s’intéresse à ce drôle de phénomène, et plusieurs entreprises de construction ont vu le jour. L’une à Poilley, dans La Manche, en 2013 ; l’autre, plus récente, au Pallet, dans le pays nantais. Pour mener son enquête, notre équipe a interviewé Shay Salomon, cofondatrice de l’association Petites maisons, aux USA ; Gabriel Parent-Leblanc, constructeur de micro-maisons au Québec ; Laëtitia Dupé, fondatrice de l’entreprise Baluchon en France, qui a rêvé sa Tiny. Et qui l’a construite.

INTERVIEW

AUX ETATS-UNIS
« Ce n’est pas tant une question économique qu’une philosophie de la vie »

Entretien avec Shay Salomon
Cofondatrice de l’association Petite maison, en 2002.

Interview Sandrine Edery – Traduction Titale

tiny house Etats Unis

Modèle Gifford présenté sur le site de Jay Schaffer, l’un des pionniers du mouvement aux Etats-Unis. © WWW.FOURLIGHTSHOUSES.COM

Ambitions : Quand est né le mouvement des petites maisons ?

Shay Salomon : Quand des gens riches et privilégiés se sont mis a penser que leur mode de vie devenait « trop » et leur maison disproportionnée. Le courant Wabi Sabi, au Japon, est né de cette situation (lire encadré).

Le Wabi Sabi

C’est un concept esthétique ou une disposition spirituelle niponne. Cette éthique prône le retour à une simplicité, une sobriété paisible pouvant influencer positivement l’existence, où l’on peut ressentir la beauté des choses imparfaites, éphémères et modestes. Le livre formidable et terrifiant de Ann Cline, A chacun sa cabane (Hut of one’s Own) explique en partie ce phénomène.

Il y a une longue histoire aux Etats-Unis de mouvements de « simplicité », « de faites-le vous-même », de conservatisme et de retour à la terre. Et dans le cadre de ces mouvements, la taille des maisons par habitant a été quelque peu modifiée, limitée, parfois parce que les membres la construisaient eux-mêmes, exclusivement dans des matériaux locaux ou d’une manière amicale qui rend évidente l’option de petite taille.
Dans nos investigations sur les années 1990, nous avons trouvé des habitants de micro-maisons qui vivaient ainsi depuis les années 1960 et même 1940. Et leur motivation était en bien des façons semblable à celle dont font preuve certains de nos contemporains.
L’intérêt pour les matériaux traditionnels (terre pisé, épis de maïs) et pour le fait-main par les constructeurs, connus sous le nom de mouvement de construction naturelle, est moins mis en avant, mais représente en réalité une grande partie du mouvement des micro-maisons.

Ce mouvement des années 1990 et du début 21e siècle a été créé en opposition à ce phénomène de maisons énormes et vides qu’acquéraient les banquiers, les entrepreneurs et agents de l’Etat de cette époque. La dimension des maisons a augmenté régulièrement depuis les années 1950 alors que les revenus par personne rétrécissaient. Cela a fait prendre conscience à certains qu’une maison moins importante les libérerait.
Il y a aussi des millions d’Américains qui vivent en permanence dans des véhicules de loisirs (camping car) et dans des mobil home. Eux aussi font partie du mouvement des micro-maisons. Jay Schaffer1 a eu le génie d’utiliser les lois concernant les lieux de stationnement de ces véhicules pour permettre de poser une micro-maison dans son jardin.

Mais le mouvement de petites maisons a connu un retentissement en 2002, lorsque Jay Schaffer1, Greg Johson, Nigel Valdez et moi-même avons fondé The Small House Society. Dès lors, quand notre livre paraissait en 2006 (Little House on a Small Planet), nous l’avons appelé Un guide pour le mouvement des petites maisons.

Ambitions : Le lancement de ces maisons est attribué à Sarah Susanka. Est-ce vraiment le résultat de ce désir de posséder de petites maisons comme elle l’explique dans son livre The not so big House (La pas si grosse maison) ?

S. Salomon  : Dans son livre, Sarah Susanka a donné la parole à des centaines d’architectes qui étaient fatigués de répondre à leurs clients qui souhaitaient acquérir d’énormes espaces et qui étaient peu soucieux des délais, du professionnalisme des artisans et de la qualité des matériaux. Ce livre a permis d’expliquer combien la démesure de ces immeubles des années 1990 était ridicule et sans âme. Il est, par exemple, plus facile d’avoir un petit bureau aujourd’hui qu’il y a vingt-cinq ans. Et les gens se sont même habitués à regarder de petits écrans ! Home vidéo et grosses enceintes semblent aujourd’hui archaïques à de nombreux Américains. Et comme le climat change, la dévastation de la Nouvelle-Orléans a mis en avant, grâce aux médias nationaux, le travail de quelques architectes qui construisaient de jolies maisons « éphémères ».

Ambitions : Quel est le prix moyen d’une petite maison ? Avez-vous suffisamment d’éléments pour enchiffrer le coût annuel ?

S. Salomon : Cela varie énormément et je ne possède aucune étude scientifique dans ce domaine. Il y a tant de paramètres : le climat, le goût personnel, les matériaux de construction, le design. Le premier impact de l’empreinte carbone d’une maison est sa situation ou, plus précisément, le calcul de la fréquence et de la distance que les habitants doivent parcourir en voiture pour aller jusqu’à la boulangerie.
La voiture est un facteur énorme dans nos vies d’Américains. Le transport public est impossible dans certains Etats du fait de la faible densité de population En résumé : un petit chez-soi coûte moins à entretenir qu’une grande location !

Ambitions : Comment décririez-vous le profil type du propriétaire d’une micro-maison aux Etats-Unis aujourd’hui ?

S. Salomon : D’abord, ce sont des jeunes personnes et des retraités. Ensuite cela peut-être quelqu’un ayant les moyens d’acquérir, pour le plaisir, une micro-maison pour l’installer dans son jardin ou sur un terrain. Cela peut être aussi la femme au foyer possédant une grande maison et qui achète une micro-maison pour s’y retirer de temps en temps et échapper ainsi aux contraintes domestiques de sa trop grande maison. Il y a aussi de petites familles dans de petites maisons ou de grandes familles qui vivent dans un complexe de petites maisons.

Ambitions : Pensez-vous que ce mouvement soit dû à la situation économique actuelle ou simplement à la recherche d’un nouveau style de vie ?

S. Salomon : Avez-vous vu le film Tiny2 ? Au début du documentaire, le narrateur définit sa génération comme celle avec le plus petit enracinement et l’accès le moins facile à la propriété. Ce qu’il veut dire, c’est que dans une économie instable, dans laquelle de nombreuses personnes peuvent travailler de n’importe quel endroit, et où on change de maison plus de deux fois tous les dix ans pour les personnes de moins de 30 ans, le vieux rêve de se marier à 25 ans et d’acheter une maison à moins de 30 ans n’a plus de sens. Depuis la crise, il est devenu très compliqué d’obtenir un prêt au logement. Ainsi, la Tiny House propose un rêve de propriété tout en faisant face à la réalité économique. Pour ma part, je ne pense pas que le prix soit la motivation première. Ce que recherchent la plupart des propriétaires de micro-maisons, c’est une vie plus saine, le rejet d’une accumulation et la recherche d’une harmonie entre les relations humaines et l’environnement.

Ambitions : Qu’en est-il d’une loi concernant les impôts et le droit de stationner ?

S. Salomon : C’est un aspect important du mouvement. Les lois des zones locales et le code de construction ont rendu la réalisation des micro-maisons illégale dans de nombreux endroits. Cependant, grâce à l’industrie des véhicules de loisirs, des maisons sur roues et des micro-maisons (de 14 à 27 m2, voire de 8 m2) sont autorisées sur le terrain d’une maison sans plus de contrôle que cela.
Les taxes d’habitation et foncière augmentent un peu si vous avez un Tiny dans votre jardin. En effet, quand les municipalités autorisent les micro-maisons, c’est qu’elles ont le pouvoir de les taxer. Nous espérons que cela change.
Concernant le droit de stationner, ce n’est pas évident. Le stationnement sur rue est autorisé dans certains endroits et illégal ailleurs. Ce stationnement est toléré pendant deux semaines d’affilée sur les parkings de la chaîne de magasins Wallmart3.

Ambitions : Le marché des Tiny est-il en progression ou restera-t-il marginal ?

S. Salomon : Il continuera de progresser. Ce qui importe ce sont les lois. Si les municipalités considèrent les Tiny pour ce qu’elles sont, ce sera la solution à notre problème de faible densité dans certains Etats. Et cela contribuera à les rendre plus légales, comme cela s’est déjà produit à Santa Cruz, en Californie. Alors le marché s’épanouira. Bien sûr, si ce marché progresse, il aura une tout autre physionomie, loin de la philosophie actuelle des Tiny.

1 Jay Schaffer : www.fourlightshouses.com/pages/tiny-houses
2 Film : Tiny, a story about Living Small, de Merete Mueller https://www.youtube.com/watch?v=e7zXG-pUCTA
3 Grande chaîne de magasins, type Auchan, Carrefour

INTERVIEW

AU QUÉBEC
« On est loin d’un phénomène marginal »

Entretien avec Gabriel Parent-Leblanc
Fondateur de la société Habitations MicroÉvolution.

Interview Sandrine Edery


tiny house Canada

En mars 2015, Gabriel Parent-Leblanc construisait sa première Tiny House et y habitait. Aujourd’hui, il en construit pour les autres. © HABITATIONS MICROEVOLUTION

Ambitions : Quand est né le mouvement des micro-maisons au Québec ?

Gabriel Parent-Leblanc : Les micro-maisons mobiles sont apparues en 2014, lorsque j’ai lancé la société Habitations MicroÉvolution, au Québec. Avant cela, trois particuliers en avaient construites, Nathalie Héron de Montréal, Romain Ressiguier de Baie St-Paul et Maxime Chénier de Gatineau. Quand, en juillet 2014, les médias ont parlé de ce phénomène, les micro-maisons ont commencé à prendre de l’ampleur.

Ambitions : Est-il lié au mouvement américain des Tiny House ?

G. Parent-Leblanc : Oui, comme tous les mouvements Tiny House à travers le monde.

Ambitions : Est-ce vraiment né du désir de vivre dans des maisons plus petites ?

G. Parent-Leblanc : La surface réduite des micro-maisons est une finalité, pas un but. On habite dans plus petit parce qu’on veut dépenser moins, profiter plus de la vie et réduire son empreinte écologique.

Ambitions : Combien coûte une micro maison à l’achat ?

G. Parent-Leblanc : Une micro-maison clés en main (entièrement fonctionnelle), coûte de 31 000 à 46 700 euros pour des surfaces habitables de 9,50 à 18,50 m2.
Mais il existe d’autres solutions, moins onéreuses, où l’acquéreur met la main à la pâte. Il s’agit de l’auto-construction. Le futur propriétaire est assisté et conseillé : remorques spécialisées, plans de construction, formation. Puis pour l’extérieur, on lui fournit les coquilles extérieures1 (charpente, revêtement extérieur, toiture, huisseries). Bref, le travail le plus exigeant est réalisé, chacun peut donc terminer l’intérieur à son rythme, selon ses goûts et son budget. Et sans craindre les intempéries !

Ambitions : Avez-vous assez de recul pour mesurer les frais annuels lorsque l’on vit en micro-maison ?

G. Parent-Leblanc : Oui ! J’habite dans notre unité modèle depuis plus d’un an et j’ai pu mesurer les coûts mensuels. L’hiver 2014-2015, nous avons dépensé 90 euros pour chauffer notre micro-maison (au Québec !). L’électricité consommée (appareils ménagers) se monte aux alentours de 13 e par mois. Les assurances constituent le gros poste d’une micro-maison : il faut compter 60 euros par mois. Bref, les coûts mensuels sont très faibles comparés à ceux d’une maison conventionnelle.

Ambitions : Quel est, aujourd’hui, le profil type du propriétaire de micro-maison ?

G. Parent-Leblanc : Deux types de personnes se laissent séduire : les jeunes adultes et les retraités. Effectivement, malgré la différence d’âge, ces deux groupes de personnes n’ont pas besoin d’énormément d’espace pour bien vivre. Ce qui n’est pas le cas pour un couple avec enfants. L’espace qu’offre une Tiny House est suffisant pour un jeune ou un vieux couple ou pour des célibataires.
De plus, ces deux profils sont attirés par le prix de ce type d’habitation. En effet, les jeunes adultes en début de carrière n’ont pas envie de payer une hypothèque pendant vingt-cinq ans. Quant aux aînés, même s’ils ont travaillé toute leur vie, ils n’ont pas toujours les moyens de profiter dignement de leur retraite. Alors, acquérir une micro-maison prend tout son sens. S’ils sont propriétaires d’une maison conventionnelles, ils peuvent la vendre à bon prix, acheter une Tiny à prix très raisonnable, et ainsi maintenir un rythme de vie confortable pendant leur retraite.

Ambitions : Diriez-vous que le mouvement est plus lié à une réponse à la situation économique ou à la recherche d’un autre style de vie ?

G. Parent-Leblanc : Ici, au Québec, les deux facteurs ont contribué à l’émergence du phénomène. Le coût de la vie ne cesse d’augmenter, le prix de l’immobilier a plus que doublé en quinze ans et les salaires de la classe moyenne stagnent. Les fins de mois sont souvent dures. A ce moment-là, il faut faire des choix. Et habiter dans une maison plus petite en fait partie. En admettant que ça permette aux propriétaires de profiter plus de la vie, alors vivre dans une Tiny House a du sens !

Ambitions : Quelle est la spécificité québécoise ?

G. Parent-Leblanc : Le climat québécois n’est pas très clément, comme vous le savez. L’hiver est très froid et humide. En janvier et février, il n’est pas rare d’avoir plusieurs journées sous la barre des – 40 °C. Les Tiny House doivent donc être bien isolées pour pouvoir accueillir des résidents à longueur d’année. D’ailleurs, notre unité modèle est une des Tiny les plus isolées au monde. On parle d’une résistance thermique de R-32,5 dans le plancher, R-26 dans les murs et R-39 dans le toit. J’y ai moi-même habité durant l’hiver 2014–2015 et les résultats furent impressionnants! Maintenir la maison entre 17 et 25 °C a seulement coûté 90 euros. Et pourtant, cet hiver-là fut l’un des plus froids jamais enregistré2. Ainsi, Habitations MicroÉvolution se spécialise dans l’efficacité énergétique, l’impact environnemental des bâtiments et les énergies vertes.

Ambitions : Quelle est la législation concernant les taxes et le stationnement ?

G. Parent-Leblanc : Comme le mouvement est encore nouveau au Québec, le tout est complexe. Les villes n’ont pas de règlements concernant les micro-maisons, même si elles en ont pour les roulottes et les maisons conventionnelles. Il y a un vide juridique, aussi est-il plus facile de se caler sur la réglementation des roulottes pour le moment. Après tout, il s’agit à peu près des mêmes dimensions. Certaines villes permettent le stationnement de roulottes sur un terrain où une maison est déjà construite, certaines autres permettent le stationnement mais pas l’utilisation, d’autres les interdisent… A chaque ville son règlement, qu’il faut vérifier au service d’urbanisme.

Ambitions : Pensez-vous que le marché des micro-maisons va se développer ou va-t-il rester marginal ?

G. Parent-Leblanc : Jusque-là, je pensais que ce marché demeurerait marginal, mais je commence à changer d’avis. L’été 2015, nous participions au festival des mini-maisons3, au Québec. Les organisateurs attendaient 1 500 personnes, il y en a eu plus de 7000 ! Il y avait constamment 25 personnes dans notre maison modèle et, à l’extérieur, une file d’attente impressionnante. Ce qui me fait croire aussi à l’essor de ce type d’habitat, c’est que, désormais, toutes les expositions d’habitation conventionnelle ont une partie de leur exposition dédiée à la micro-maison. Tous les poids lourds de la construction conventionnelle se lancent dans le marché. Ce n’est pas peu dire ! Le phénomène n’est définitivement plus marginal.

1: www.habitationsmicro.com/nouveaute-micromaisons-cle-en-main-et-coquilles-exterieures/
2: Source: MétéoMédia
3: Festival des mini-maisons, du 28 au 31 juillet, à Lantier, au Québec. www.festivalminimaisons.quebec/

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EN FRANCE
« Une maison qui répond à des valeurs éco, écolo et humaines »

Laëtitia Dupé
Cofondatrice de la SAS Baluchon (Loire-Atlantique)

Texte Nelly Seznec

Tiny house France
Tiny House Nantes

Laëtitia Dupé a dessiné les plans de sa Tiny puis l’a construite elle-même. Huit mois de travail puis… bienvenue à la première Baluchon. © BALUCHON

Laëtitia Dupé, 29 ans, designer parisienne, ne supportait plus de perdre sa vie à la gagner. Et de se loger, très cher, dans un studio taillé pour les Polly Pocket. Marre de dépenser 800 euros chaque mois pour un studio qui n’abritait que ses rêves. En même temps, elle a conscience que pour acquérir un logement, il lui faudrait s’engager dans un prêt sur 20 à 30 ans.
Au hasard d’Internet, elle découvre le Small House Movement : « J’ai découvert une communauté, des valeurs, notamment écologiques, qui me correspondaient », explique-t-elle. « Avec ce mouvement d’éco-construction, je pouvais enfin me projeter dans un habitat qui pouvait me correspondre. Le second défi était de rendre tout cela techniquement et légalement possible. »
Alors, elle se lance le pari fou de dessiner puis de construire une Tiny House. Après six mois de recherches et de tests, sa maquette est prête. Elle laisse Paris derrière elle, s’installe dans sa Loire-Atlantique natale, et se lance dans huit mois de travaux pour auto-construire sa micro-maison, projet dans lequel elle investit la totalité de ses économies, soit 16 000 euros et la totalité de ses jours et de ses nuits.

UNE VIE DANS UN BALUCHON

Printemps 2015, la première Tiny bien nommée Baluchon, de Laëtitia est née, visitée par des personnes étonnées par ce type d’habitat, plébiscitée par des profils très différents mais qui ont un rêve en commun : « Vivre dans une maison qui répond à plein de valeurs écolo et humaines. Peu énergivore, beaucoup plus isolée qu’une roulotte, ne pouvant pas contenir beaucoup d’objets, et qui amène à réfléchir sur sa propre consommation. »
Mais si la Baluchon 1 a vu le jour, la guerre n’est pas encore gagnée. Laëtitia a tout expérimenté seule mais, pour continuer, il est nécessaire de s’entourer de nouvelles compétences. Aussi le projet de monter une société s’est affiné au fil des rencontres. Dont celles de Vincent Bouhours, 26 ans, et de Charles Dumont, 27 ans, charpentier. Vincent a lui aussi construit sa propre Tiny et Charles a une expertise sur les matériaux et leur cycle de vie. Tous trois se sont rencontrés lors des premières portes ouvertes organisées par Laëtitia. Ils partagent les mêmes valeurs : « Notre activité se concentre sur la construction mais aussi sur la promotion de ce type d’habitat à travers des workshops, des ateliers et conférences. »

TROIS TÊTES ET 6 MAINS

Le 1er février 2016, naissait la société Baluchon, une SAS au capital de 13 000 e. Une mini-entreprise à trois têtes et six mains : Laëtitia, Vincent et Charles. Dans leur atelier basé dans la zone des Petits Primeaux, au Pallet (Loire-Atlantique), ils construisent leur premier modèle. « En sept semaines, la Tiny Escapade est sur pied et aménagée. Prix de vente : 42 500 euros clés en main (c’est-à-dire la Tiny, le châssis homologué et immatriculé au nom du client – plaque et carte grise  –, un sac de sciure de bois issue de la fabrication de la maison pour alimenter les toilettes sèches, un album photo souvenir de la fabrication et la livraison, gratuite dans un rayon de 200 km autour de Nantes. « Ça peut paraître assez cher mais il y a le coût de la main-d’œuvre à prendre en compte », sourit Laëtitia Dupé. A part le bardage en cèdre rouge, importé du Canada, le reste des matériaux est local. Le châssis, par exemple, vient de l’entreprise de carrosserie Sorin à Mouzillon. « On a développé ensemble un modèle destiné aux Tiny, qu’on pourra vendre ensuite à l’unité à des futurs auto-constructeurs », complète Laëtitia.

Week-end du 10 avril : chez Baluchon, on ouvre grand les portes pour présenter Escapade 1. Et ça ne désemplit pas. Mais qui sont ces visiteurs : des curieux ou des passionnés ? « Les personnes intéressées par les Tiny sont sensibilisées, d’une part, aux maisons avec une faible empreinte carbone, analyse Laëtitia . D’autre part, elle leur apparaît comme une solution économique » qui va les aider à vivre mieux selon leurs critères personnels. « Il y a aussi les personnes qui exercent une profession itinérantes, la Tiny est la solution idéale pour déplacer son chez-soi et ses souvenirs au plus près de son travail. »

La dernière-née de la société Baluchon a été baptisée Escapade, comme une invitation au voyage. © BALUCHON

MADE IN NANTES

De même qu’aux Etats-Unis ou au Québec, il est inutile de vouloir dessiner le portrait-robot de l’acquéreur français d’une Tiny. « Il y a autant d’histoires de vie que de Tiny », prévient Laëtitia. « Ont poussé les portes d’Escapade, des personnes qui connaissaient déjà ce mouvement, des célibataires, des couples ou des petites familles qui souhaitent en faire leur résidence principale. Mais aussi, des personnes qui ont hérité d’un terrain et qui l’envisageraient comme maison secondaire. Ou encore des professionnels de l’hôtellerie de plein-air. » La présentation de la Tiny made in Nantes a fait le buzz. En l’espace de quelques jours, le compteur facebook de la société Baluchon affichait plus de 35 000 vues, d’ici ou d’ailleurs. Américains, Canadiens, Anglais… « Un engouement inexplicable, c’est-à-dire un buzz », tempère Laëtitia. Les mails, le téléphone, les messages facebook ont occupé les trois associés dans les semaines qui ont suivi. Avec même des demandes étonnantes à leurs yeux, tel que livrer Escapade outre-Atlantique… « Cela me réjouit, s’enthousiasme Laëtitia. Mais on ne s’éloignera pas de la philosophie des Tiny, de leur construction éco-responsable, de leur faible empreinte carbone… Mais tout cela a du bon car ça a permis à ces “clients” étrangers de découvrir que, dans leur propre pays, ils pouvaient acquérir une mini-maison. »

Tiny house France
tiny house Nantes

Si les Tiny House sont compactes, elles ont tout d’une grande : cuisine, salon, salle de bains, toilettes sèches… What else ? © BALUCHON

En pratique

La législation Etre propriétaire d’une Tiny en France n’est ni légale ni illégale. Chacun navigue à vue. « Vivement les lois, rectifie Laetitia. Tout deviendrait plus simple. Une taxe d’habitation sur les Tiny rendrait ce type d’habitat tout simplement encadré donc légal. »
http://tinyhousefrance.org/legislation/

Quelles dimensions respecter ? : La Tiny House a vocation à se déplacer. Elle doit se conformer aux normes de la première catégorie des convois exceptionnels, c’est-à-dire une largeur de 2,55 m tout compris. Pour la tracter, il suffit d’une attache caravane.
Plus de détails sur http://tinyhousefrance.org/legislation/

Quel permis faut-il pour tracter une Tiny House ? : Il faut être titulaire du permis BE (environ 600 euros) qui offre la possibilité de tracter soit une Tiny dont le poids total n’excède pas 3,5 tonnes (remorque de véhicule tracteur compris).

Combien ça coûte ? Le premier achat est, bien sûr, la remorque. Et inutile de faire des économies sur la plateforme qui va soutenir la micro-maison. Il faut compter entre 3 000 et 6 000 euros pour une remorque de qualité.
Concernant la construction et l’aménagement d’une Tiny, il est évident que si vous avez le courage, l’envie et le temps de vous y atteler, les coûts seront d’évidence beaucoup moins élevés. En revanche, si cette tache vous rebute, achetez juste la coquille, c’est-à-dire l’ossature de la maison vide. Vous aurez ainsi tout le loisir d’aménager votre micro-maison à votre rythme. De plus, cela vous dispensera de louer un hangar le temps de la construction de l’ossature. Ainsi, il faut compter au minimum 10 000 euros pour une Tiny réalisée par vos bons soins et environ 50 000 euros pour une micro-maison livrée clés en main.
Côté consommation, la Tiny n’est pas énergivore (dans le Pays nantais, il faut compter environ 10 euros par mois en électricité). Et en passant au solaire, il n’y aurait plus que l’eau à payer. Seulement installer des panneaux solaires sur une Tiny, la rendrait trop lourde (son poids doit être inférieur à 3,5 tonnes), aussi l’idéal serait d’installer les panneaux solaires sur le terrain.
Plus de détails sur http://tinyhousefrance.org/legislation/

E-CONTACTS

www.tinyhouse-baluchon.fr
www.facebook.com/Tiny-house-Baluchon
Baluchon SAS, ZA Les Petits Primeaux, 44330 Le Pallet

L’AVIS DE LA RÉDACTION

Inutile de le cacher, il y a quelques mois nous regardions ce mouvement de petites maisons avec beaucoup de septicisme. Nous avons démarré cette enquête à la source, c’est-à-dire aux Etats-Unis. Là, nous nous sommes heurtés à beaucoup de non-dits, de précautions oratoires hallucinantes, de personnes (ayant quelque chose à dire) mais ne voulant pas être citées.

L’impression était que, en tant que Français, nous ne pouvions comprendre ! De désillusions en fausses interviews, nous n’étions pas loin d’assimiler ce phénomène à un mouvement sectaire, fermé, refusant toute communication. Mais ça, c’était avant de rencontrer un constructeur québecois qui a su tout replacer dans un contexte de simplicité.

Et puis, la française Laëtitia Dupé nous a définitivement convaincus avec sa « philosophie du tout-petit ». Pas donneuse de leçon, elle raconte son épopée sans jamais verser dans le prosélytisme militant. Elle l’explique bien : c’est une démarche personnelle, une façon de renouer avec ce qu’elle pense essentiel, un cheminement pour réfléchir à l’espace et aux objets qui nous accompagnent durant une vie.

C’est aussi une question : qu’est-ce qui est bon pour notre environnement ? Et sa réponse, simple : se délester (si on le peut) du superflu, retrouver un mode de vie en accord avec ce que nous donne la nature. Sa vie, elle la bâtit un peu comme un roman d’anticipation : agir aujourd’hui c’est ne rien regretter demain. Ainsi, ce n’est pas tant pour sortir de la crise que certains choisissent de vivre dans une Tiny, mais plutôt pour être en accord avec leur philosophie d’une vie plus écolo.