Une « petite » partie de l’équipe entoure les cinq fondateurs nantais. Au 1er rang, à gauche Quentin Adam, à droite Pierre-Antoine Gourraud. Au 2è rang, à gauche Emmanuel Feller, à droite Baptiste Jamin et au 5è rang, à droite Valérian Saliou.

MakAir

Le respirateur nantais au secours des malades du Covid-19

 

Texte Sandrine Edery – Photos Makers for life
PUBLIÉ LE 8 MAI 2020

En pleine pandémie, un collectif français réussit à fabriquer un respirateur fiable et économique. Un projet qui rejoint les initiatives solidaires innovantes, parfois un peu folles mais toujours inspirantes que l’on aime partager.

Une équipe gonflée à bloc

L’idée de se rendre utile durant la crise du coronavirus est le point commun des 250 bénévoles du collectif français Makers for Life. Il est composé d’entrepreneurs, de makers, de chercheurs, de professionnels de santé, d’ingénieurs et a été fondé par cinq nantais : Quentin Adam (dirigeant de Clever Cloud, société spécialisée dans l’ingénierie numérique), Emmanuel Feller (associé à Clever Cloud ), Baptiste Jamin et Valérian Saliou (Cofondateurs de la plateforme de messagerie instantanée Crisp), et Pierre-Antoine Gourraud (enseignant-chercheur à l’Université de Nantes et praticien hospitalier au CHU de Nantes). Très vite, ils ont été rejoints par Erik Huneker et Marc Julien (Cofondateurs de Diabeloop).


Le MakAir, un respirateur artificiel exclusivement dédié au traitement du Covid-19.

Apporter un souffle nouveau

Pour traiter les insuffisances respiratoires liés au Covid-19 dans les établissements hospitaliers et pour faire face aux pénuries, il a fallu créer en un mois au lieu de six habituellement, un respirateur artificiel spécifique, simple, fiable et abordable.
En effet, le respirateur devait répondre au cahier des charges des demandes scientifiques c’est à dire qu’il puisse fournir plus de pression, plus de vitesse et plus d’oxygène.
Le fait d’être proposé avec seulement des fonctions essentielles focalisées sur la détresse respiratoire des adultes lui permet d’être moins cher que ceux que l’on trouve habituellement en réanimation (1 000 euros environ contre 30 000 euros). A cela, il faut ajouter que tous les composants sont déjà existants et disponibles dans l’industrie ou réalisables en impression 3D.

Assemblage du respirateur dans les locaux du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), à Nantes.

De l’air pour tous

Cette pandémie est planétaire, il fallait donc agir au niveau mondial et pour cette conception inédite, il fallait pouvoir entrer en contact avec un maximum de personnes, de tout horizon, chacun pouvant apporter des suggestions ou des améliorations. C’est pour cela que le projet est totalement conçu en Open Source. Toutes les spécifications sont en accès libre sur Github, la plate-forme collaborative des développeurs du monde entier. Les plans sont accessibles partout dans le monde et les respirateurs sont fabriqués avec des produits industriels locaux.
Le projet, par l’intermédiaire du CHU et de l’Université de Nantes a été sélectionné par l’Agence d’Innovation de Défense (AID) dans le cadre de son appel à projets de solutions innovantes pour lutter contre le Covid-19. MakAir a obtenu une subvention de 426 000 euros qui est destinée à financer la recherche et les essais cliniques. Par ailleurs, le collectif Makers For Life a reçu le soutien d’industriels de toutes tailles (don de matériel, soutien en compétence…)

Un membre du collectif Gabriel Moneyron test le MakAir sur un poumon artificiel.

Le ciel s’éclaircit

Aujourd’hui, le respirateur est en cours de test sur des simulateurs et auprès de chercheurs indépendants. Tous les indicateurs sont au vert et laissent entrevoir la possibilité qu’un maximum de personnes pourront en bénéficier. Si les tests sont concluants, cinquante machines seront testées, en France, sur des patients, en recherche clinique. Puis si les résultats sont satisfaisants, la production sera lancée. Elle sera pilotée par le Groupe SEB depuis son site de Vernon (Eure) et par Renault sur son site de Guyancourt (Yvelines).

Mosaïque réalisée à la manière de celle du Boléro de Ravel (lire notre article) avec les 250 bénévoles du projet.

CE QUI VA CHANGER APRÈS LA CRISE DU COVID-19

Pour les fondateurs du collectif Makers For Life, il est évident qu’ils travailleront désormais différemment. « Cette aventure, en quelques semaines de confinement, a été dense en apprentissage ». Pour eux, La France se réveille et le monde des makers se développe. La crise a provoqué une prise de conscience collective sur les fonctionnements au travail. Les soignants ont été surpris de constater tous les élans de solidarité mais ils ont également découverts d’autres manières de travailler. « Avec le manque de personnel hospitalier les échelons ont sauté, il y a moins de bureaucratie ». Il faut se faire confiance et réagir vite face à l’urgence sanitaire. La transformation du système de santé est devant nous.

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