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Uniterres

Uniterres

L’amap de l’aide alimentaire

Sandrine Edery – Photos Lionel Léger
PUBLIÉ LE 20 DECEMBRE 2016

Lutter contre le gaspillage alimentaire grâce à des commandes anticipées auprès d’agriculteurs fragilisés et fournir des épiceries solidaires en légumes frais, tels sont les objectifs de Véronique Blanchot, responsable du programme Andes Uniterres. Interview.

lutter contre gaspillage alimentaire

Ambitions : Qu’est-ce qu’Uniterres ?
Véronique Blanchot : Uniterres est un programme d’Andes (Association nationale du développement des épiceries solidaires), principal réseau d’aide alimentaire français qui, depuis dix ans, soutient le développement des épiceries solidaires. Ce programme vise à rapprocher l’aide alimentaire des petits producteurs locaux et à mettre en place des actions participatives autour de la consommation de fruits et légumes frais.

Ambitions : Vous êtes à l’origine du dispositif solidaire Uniterres, pourriez-vous nous dire quand et comment l’idée est née ?
V. Blanchot : Le programme fonctionne depuis 2012. Mais l’idée m’est venue en 2009 suite à une double problématique que je rencontrais à Andes. D’une part, l’augmentation des agriculteurs en difficulté qui étaient orientés vers l’aide alimentaire par la MSA (Mutualité sociale agricole). D’autre part, l’absence de fruits et de légumes frais et de qualité dans ce même réseau. De ces deux faiblesses, il fallait créer une force. C’est en sortant d’une réunion avec la MSA que je me suis dit qu’il faudrait créer une AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) de l’aide alimentaire.
Moins de 1 % des bénéficiaires ne mangeaient pas les cinq fruits et légumes par jour recommandés par les messages nutritionnels du ministère de la Santé et que ces mêmes personnes étaient victimes de maladies cardio-vasculaires dues à leur obésité. Ne dit-on pas qu’obésité et précarité riment ?

Ambitions : Comment expliquez-vous cette carence en fruits et légumes frais ?
V. Blanchot : L’aide alimentaire a plusieurs sources d’approvisionnement. Il y a les sources nationales et européennes qui fournissent essentiellement des conserves et des céréales. Puis il y a la ramasse, ces invendus de supermarchés que l’on collecte le lundi. On y récupère quelques légumes, mais pas en très bon état ! Les carottes sont soit râpées, soit molles. Une autre de nos sources est la gestion des excédents. Dans ce cas-là, on obtient des légumes de bonne qualité mais durant une période limitée. Enfin, les crises sanitaires nous permettent de récupérer des tonnes de produits écartés de la vente, mais pas de l’aide alimentaire. Par exemple, la dernière crise visait des soupçons d’intoxication avec les concombres.

En décembre, on établit les prix de 2018. Et l’on s’en fout du cours du prix de la tomate, on définit le prix loyal qui permet à tout le monde de manger et de vivre.

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Aurore, est agricultrice maraîchère à Eysines. Depuis 15 ans, elle dirige l’exploitation avec son mari. Le programme Uniterres leur a permis de garder un salarié, de planifier leur production et de stabiliser leur chiffre d’affaires.

Michel est coordinateur au programme Uniterres Aquitaine. Il fait sa tournée cinq fois par semaine pour récolter les fruits, les légumes et les œufs qui ont été précommandés et qui sont destinés aux épiceries solidaires de la région.

Ambitions : Comment Uniterres remet en cause les schémas classiques de l’aide alimentaire ?
V. Blanchot : L’aide alimentaire n’est ni une variable d’ajustement, ni une façon d’éponger les excédents de la société. Il s’agit de transformer cette aide. C’est ainsi que j’ai fait d’Uniterres, un acteur économique local.
L’achat des produits est financé par une petite partie des fonds du ministère de la Cohésion sociale, prévus pour les appels d’offres internationaux France Agrimer. Il s’agit d’un établissement national des produits de l’agriculture et de la mer, qui exerce ses missions dans la régulation des marchés, assure une veille économique pour renforcer l’efficacité des filières et favoriser leur organisation.
Pour la logistique, nous nous sommes organisés en embauchant des personnes de plus de 50 ans en fin de chômage, bénéficiaire du RSA, des anciens agriculteurs, restaurateurs. De plus, en achetant local, nous limitons le coût carbone des produits.

Ambitions : Comment devient-on agriculteur pour Uniterres ?
V. Blanchot : Les agriculteurs fragilisés sont orientés vers nous par la MSA, les chambres d’agriculture et tous les organismes qui transitent autour d’eux. Leurs difficultés sont diverses : reconversion, accident de parcours, divorces, difficultés économiques (gros investissements et mauvaise récolte, ou banquiers frileux sur les petites exploitations). Lorsque les agriculteurs n’ont plus besoin de nous, ils souhaitent parfois rester dans notre programme. On les appelle les agriculteurs solidaires : ils ne sont pas prioritaires sur les précommandes mais nous fournissent des produits dont on manque, nous conseillent, viennent aux réunions, témoignent.

Ambitions : Qui sont les clients des épiceries solidaires ?
V. Blanchot : Les personnes qui viennent dans les épiceries sont les mangeurs de demain. Ils veulent retrouver le goût des bons produits. Lorsqu’ils ont compris qu’en consommant et en mangeant ces produits frais, ils soutiennent les agriculteurs locaux, ça les valorise. Grâce à cela, ils ne sont plus dans l’assistanat et cela change leur comportement.

Où sont les bios

Poitou-Charentes 20 à 30 %
Bretagne 100 % bio, car ce sont des jeunes qui s’y installent. Les néo-ruraux reçoivent des primes pour faire du bio, mais leur formation est limitée.
Aquitaine 50 %
Midi-Pyrénées 80 %

lutter contre gaspillage alimentaire
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Jérôme dirige un élevage de poules pondeuses à Soucat. Il a connu Uniterres grâce à la coordinatrice des Amap en Gironde et, depuis deux ans, cette colllaboration lui a permis d’augmenter sa production. Ne plus avoir d’invendu lui permet un meilleur rendement.

Ambitions : Comment fonctionnent ces épiceries ?
V. Blanchot : Uniterres est la tête de réseau de l’aide alimentaire et, à ses côtés, il y a les épiceries solidaires qui adhèrent à ce réseau afin de s’y approvisionner. Ces épiceries n’appartiennent pas à Uniterres mais sont adhérentes à Andes. Nous les accompagnons, les représentons au niveau national, nous achetons les produits pour elles. Ces derniers sont vendus de 10 à 30 % de la valeur d’achat (le produit que j’achète 1 euro sera revendu de 10 à 30 cts par les épiceries). L’argent qu’elles récupèrent est nécessaire à leur fonctionnement interne (entretien, salaires).

Ambitions : Au début, il s’agissait d’assurer la sécurité alimentaire des personnes en situation
de précarité et de soutenir une agriculture durable et locale. Objectif atteint ?
V. Blanchot : Oui, tout à fait, on a d’ailleurs beaucoup développé le dispositif.
Ambitions : Nous avons suivi une de vos tournées en Gironde. Quelle est la spécificité de cette région ?
V. Blanchot : Nous y avons créé Uniterres équitables. Car pour modifier durablement le comportement alimentaire, mettre en valeur les produits dans les épiceries était loin d’être suffisant. Une partie des clients qui y viennent ont perdu l’habitude voire le goût de ces produits. Il faut donc les « réhabiliter ». Comment ? En les amenant sur les lieux de productions et en les invitant à cuisiner ensemble. Pour cela, nous faisons appel à des chefs. Ces chefs nous disent : « Attendez ! Nous les voulons dans nos restaurants, vos produits. » Les mairies qui accueillent les ateliers nous disent : « C’est bien d’avoir vos produits dans les épiceries solidaires mais nous en voulons pour nos cantines. » C’est ainsi qu’on a imaginé Uniterres équitable : on achète les produits au juste prix aux agriculteurs qui allaient quitter Uniterres (car leur exploitation est à nouveau en forme) et on les vend aux restaurateurs et aux mairies. Tout le monde y trouve son compte.
Cela existe depuis un an, uniquement en Aquitaine, et nous fournissons 12 restos, 3 cantines et un centre de formation. Le programme est presque autonome mais nous faisons attention à ne pas trop le développer pour ne pas nuire à Uniterres.

Ambitions : Quelles sont vos principales difficultés aujourd’hui?
V. Blanchot : Nos finances restent précaires car, même si les accords signés avec l’État, le sont sur plusieurs années, les soutiens locaux (régions, villes, entreprises privées…) sont remis en cause chaque année, au motif qu’au bout d’un certain temps notre action n’est plus innovante. L’avenir est incertain !

Ambitions : Quels sont vos projets à court terme ? À long terme ?
V. Blanchot : Étendre notre champ d’action. Nous sommes présents en Poitou-Charentes, en Aquitaine et en Midi-Pyrénées. Et dans les pays de la Loire, depuis le 7 novembre. Nous sommes demandés en Franche-Comté et dans le Nord-Pas-de-Calais. Mais l’urgence est de stabiliser ce que l’on a déjà ouvert. Et ça, c’est le plus compliqué !

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Alexandra est maraîchère exploitante avec son compagnon, à Arbanats, depuis 2011. Dès le début de leur activité, ils ont recherché de nouveaux moyens pour éviter de jeter. Le programme leur a permis de vendre et de réguler leur production.

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Frédéric, ancien mécanicien, est aujourd’hui producteur, à Castelneau. Il a connu Uniterres lors de sa formation d’exploitant agricole, il y a un an et demi, grâce a son formateur. Ce qu’il apprécie dans Uniterres ? Le lien social et se sentir utile en fournissant les épicieries solidaires.

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Bernard est gérant de six hectares de vergers à Mongauzy, depuis onze ans. Sa production sera totalement « bio »  l’année prochaine. Depuis trois ans, il collabore avec Uniterres. Cela lui permet de vendre, en direct, sans passer par la grande distribution. Pour lui, le relationnel est prioritaire, il travaille beaucoup avec les Amap.

Je m’épanouis dans mon métier car je nourris tout le monde, nos produits vont à la fois chez les chefs étoilés et dans nos épiceries. 

lutter contre gaspillage alimentaire
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Depuis 2013, Béatrice accueille, accompagne et coordonne les animations de l’épicerie solidaire, La Bou’Sol, au Bouscat. Cette association existe depuis 2009, elle a été crée par un groupe de bénévoles et emploie 2 personnes. L’adhésion à Uniterres les oblige à commander à l’année. Les livraisons se font toutes les semaines avec des légumes de saisons et suivant les demandes des clients.

Les chiffres clés en France

83 épiceries, 30 000 bénéficiaires, 208 producteurs, 600 ateliers (compagnie des gourmands avec les enfants, pique-nique chez les agriculteurs, tables d’agriculteurs avec les chefs, modules de sensibilisation ateliers dégustation…) 700 000 euros d’achats, par an, de produits qui vont directement aux producteurs. 32 personnes qui travaillent autour du programme dont 19 salariés. 14 coordinateurs logistiques, 2 coordinateurs agricoles (aident les producteurs à sortir de leur difficultés, les comptes, la banque), 1 coordinateur technique, 1 responsable du programme : Véronique Blanchot, 1 assistante de projet (convention avec les agriculteurs, bilan, demande de financement, facturation pour les agriculteurs car leur comptabilité est gérée par Uniterres), 3 animateurs de réseaux, 2 jeunes en contrat d’avenir ; 14 jeunes en service civique). 2 anciens salariés bénévoles.

Les chiffres clés en Aquitaine

C’est une association parisienne (qui se développe sur toute la France) et met en relation les start-7 400 personnes, en moyenne, fréquentent les 37 épiceries solidaires chaque semaine.200 tonnes d’une centaine de variétés de produits ont été achetés auprès des agriculteurs locaux d’uniterres et donnés dans le réseau des épiceries solidaires de nouvelle Aquitaine en 2014. Plus de 100 petits producteurs et maraîchers ont été aidés par le réseau.

lutter contre gaspillage alimentaire
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L’épicerie solidaire de Gradignan organise régulièrement des animations. Le nouveau programme mis en place pour l’année propose divers ateliers. Odeur et saveur pour faire découvrir les fruits et légumes. Jouons au jardin, pour apprendre à les connaître et les cuisiner de manière créative. Saveurs d’ailleurs pour découvrir des recettes étrangères. Cuisine économique et La compagnie des gourmands pour cuisiner en famille.

E-CONTACTS

andes-france.com
veronique.blanchot@andes-france.com
06 30 93 20 61