Nadine Abondo (2è à droite) entourée de l’équipe présente lors du lancement de la chocolaterie.

Fevier d’Or

Une chocolaterie créatrice de douceurs engagées

 

Texte Sandrine Edery – Photos Févier d’Or
PUBLIÉ LE 19 DÉCEMBRE 2019

Févier d’Or est une chocolaterie artisanale qui torréfie et fabrique ses chocolats sans intermédiaire de la cabosse à la tablette. Elle se démarque par ses engagements. Traçabilité des produits, valorisation des petits producteurs et embauche de salariés en situation de handicap.

Avant de devenir chocolatière, Nadine Abondo était directrice d’Esat (Établissement et Service d’Aide par le Travail), avec une expérience de plus de dix ans à la fédération des maladies rares et orphelines. Elle travaillait avec les centres de références des maladies rares pour faire remonter les problématiques et mettre en place, avec la sécurité sociale, des plans de prise en charge adaptés à chaque pathologie. Elle était également en charge d’un budget social et, dans ce cadre, sa direction lui avait demandé de diversifier les activités proposées si possible lucratives pour la structure. Elle réfléchit et envisage assez vite de créer une chocolaterie car « Travailler le chocolat est apaisant et a des vertus sur l’humeur.» Elle développe l’idée mais son directeur général n’y adhèrera pas. Il en faudra plus pour la décourager, le projet est trop séduisant pour être abandonné. Nadine Abondo ne se démonte pas, elle quitte l’Esat et monte sa structure, à sa manière car ce qui l’a motive depuis toujours, c’est être utile.

Nadine Abondo.

De l’amour, de l’engagement et du chocolat

Camerounaise et dernière née d’une une famille de douze enfants, elle se souvient de l’éducation transmise par ses parents enseignants et des actions menées pour lutter contre les injustices ou les fatalités de la vie. Son père, directeur de l’école et chef du village était aussi cultivateur de cacao. La rentrée scolaire coïncidait avec la saison des récoltes, mais les cultivateurs n’ayant pas d’argent, ne pouvaient envoyer leurs enfants à l’école. C’est tout naturellement qu’il intervenait pour palier à ce problème en organisant une cantine et une prise en charge des frais.
Du coup, la petite Nadine souhaitait exercer le métier de juge pour réparer les injustices. Changer le sort cruel réservé aux enfants africains handicapés qui sont tués, enfermés juste parce qu’ils sont nés avec une malformation. Plus tard, faute d’être devenue juge, son combat sera dédié à la cause du handicap « parce qu’une maladie rare vous tombe dessus sans rien avoir demandé.» Aujourd’hui son objectif est de réussir le pari d’ouvrir une chocolaterie solidaire de ses salariés en s’adaptant à leur handicap.

Ganache, praline et nougatine haut de gamme

Le concept de Févier d’Or est le bean to bar, comprenez de la fève à la tablette. Nadine Abondo et son équipe maîtrisent toutes les étapes de la fabrication des chocolats. Pour cela, il a d’abord fallu créer une coopérative. Huit jeunes ingénieurs agronomes de l’Istom, à Cergy, sont allés identifier et classer 150 plantations ainsi que leur environnement car les cultures à proximité du cacao influent sur les arômes.
80 % du cacao consommé vient d’Afrique, le Cameroun est le 5ème producteur. Ce marché représente des centaines de milliards d’euros, hors les petits producteurs, propriétaires de leurs terres ne touchent pratiquement rien, en conséquence, ils laissent les fèves se gorger d’eau pour qu’elles soient plus lourdes mais, problème, elles moisissent. Les industriels en font du beurre de cacao ou du chocolat à pâtisser, seules transformations où le goût de la moisissure ne se sent pas.
La coopérative rémunère les producteurs trois fois plus que le cours légal et a mis en place des actions sociales comme la scolarisation. De plus, elle embauche des cultivateurs pour s’occuper de la sélection des cabosses et de la fermentation. Les fèves sont déposées sur des feuilles de bananier, le séchage se fait sous des bâches anti UV, la peau de la fève sert de fertilisant, des arbres fruitiers sont replantés car les arbres communiquent entre eux et se transmettent leurs arômes.


 

Créer sa boîte à chocolat

Six salariés dont trois recrutés pour Noël fabriquent, à leur rythme et en fonction de leur handicap, des chocolats de dégustation haut de gamme dont la qualité est à la mesure des exigences du concept bean to bar. Le financement de la chocolaterie s’est fait par étapes car même si toutes les cases étaient cochées : emploi ; handicap ; achat responsable ; impact environnemental… obtenir des financements reste compliqué.
La priorité a été donnée à la création de la coopérative pour avoir des fèves de qualité. Elle a été financée par les fonds propres de Nadine Abondo. Ensuite deux prêts bancaires ont été accordés suite à la récompense obtenue par Févier d’or au concours du programme d’incubation porté par La Ruche : le prix des audacieuses. La structure devrait être rentable dès la première année et rentrer dans ses frais en deux saisons, Noël représentant 60% du chiffre d’affaire.
La vente en ligne est pour le moment le seul moyen de se procurer les délicieuses douceurs et l’équipe est à la recherche de lieux pour proposer des dégustations. Avis à la communauté des ambitieux gourmands.
Aimez, croquez, partagez !

 

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Mon jardin chocolaté bio et équitable !

Carine Dhers est une ancienne ingénieure en informatique reconvertie en chocolatière. Nous l’avions rencontré, en 2016 (lire notre article), car elle venait d’installer sa chocolaterie artisanale sur le site des Grands Voisins, à Paris. Elle y fait travailler depuis plus de trois ans des personnes éloignées de l’emploi grâce à la Conciergerie Solidaire de l’association Aurore, installée comme elle sur le site des Grands Voisins.
Ces personnes l’aident lors des différentes tâches. Par exemple, la pose du décor sur les bonbons, le démoulage, la préparation des assortiments, le contrôle qualité, ou encore le nettoyage des moules.
Le chocolat qu’elle utilise est fabriqué avec des fèves de cacao certifiées biologiques et issues du commerce équitable. Une façon d’assurer une bonne qualité de vie aux petits producteurs de cacao en Equateur et en République Dominicaine.
Anis Malice, CocoMania, sacrée courge… sont élaborés, à Paris, avec des ingrédients de saison, sans gluten.
Pour mieux exercer nos papilles, Carine Dhers s’est associée à Jean-Michel Hua de l’Agence 181 degrés pour réaliser une campagne publicitaire sur le thème « Quel chocolat voulons nous ? » Plusieurs vidéos décalées sont à savourer !

On a bien essayé d’ajouter de l’huile de palme, mais … ça ne donnait pas bon goût !
Les merveilleux effets du chocolat Gingembre citronné
D’autres vidéos…
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