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Atelier de stylisme chez emmaüs, labo de l'abbé

LE LABO DE L’ABBE

De fil en aiguille ils sont arrivés à la friperie solidaire

Texte Sandrine Edery – Photos Lionel Léger
PUBLIÉ LE 3 AVRIL 2016

C’est dans un quartier pavillonnaire de Maisons-Alfort que l’atelier Emmaüs la Friperie solidaire est installé. Ici, les vêtements d’occasion sont triés, recyclés ou servent à créer de nouvelles pièces sous la marque du Labo de l’Abbé dans la boutique du même nom, rue Oberkampf, à Paris, ou au Salon Emmaüs de Paris en juin. Une nouvelle vie pour ces textiles comme pour les hommes et les femmes qui travaillent à l’atelier. Alice Launet, la nouvelle directrice des trois boutiques et de l’atelier, raconte.

Atelier de stylisme chez emmaüs, labo de l'abbé

De gauche à droite : Carine, Sophie, Ouattara, Alice, Michel, Marthe, Haney et Hasan dans les locaux de l’atelier à Maisons-Alfort.

Ambitions : Emmaüs la Friperie solidaire est tout à fait dans l’air du temps avec cette idée de recyclage et de création. D’où est venue l’idée ?

Alice Launet : L’atelier de couture est spécifique à la Friperie solidaire. Malgré le tri, le recyclage (certains vêtements servent à faire des isolants pour l’habitat) et la revente, il nous reste beaucoup d’habits. Nous nous sommes alors dit que créer un atelier de couture pour les revaloriser permettrait d’optimiser l’écoulement des pièces.

Ambitions : Était-ce une nécessité économique, pour continuer d’employer et de former plus de personnes, ou une envie de mettre en place une antenne créative ?

Alice Launet : Les deux. L’association existe depuis 2002 et n’était pas, au début, un chantier d’insertion. En 2008, on a obtenu l’agrément de l’État pour accueillir les personnes les plus éloignées de l’emploi. En 2012, on a créé un atelier de couture et, en même temps, on a déposé une marque qui s’appelle le Labo de l’Abbé. C’est une des caractéristiques de la Friperie solidaire et c’est unique en France. D’ailleurs, nous aimerions bien développer cette branche au sein de l’atelier de couture.
Nous avons trois activités : la première, c’est la reprise de vêtements (remise en état) qui permettra la mise en vente. La seconde, c’est la customisation (par exemple, un changement de doublure) et la troisième, c’est la création de pièces uniques. Ces deux dernières portent la marque le Labo de l’Abbé.
Ces vêtements sont vendus dans nos trois boutiques : à Alfortville et à Paris-Reuilly-Diderot (friperie classique), ainsi qu’à Paris-Oberkampf où l’on trouve nos créations et de la fripe un peu plus vintage et « parisienne ». Plus ponctuellement, nous organisons des ventes au Point éphémère, une salle de spectacles parisienne.

Ambitions : La clientèle de la Friperie solidaire a-t-elle changé ?

Alice Launet : Oui, c’est une clientèle qui est plus sensible à la récupération, et qui agit dans un souci de responsabilité sociale et économique. Mais il y a aussi une paupérisation d’une partie de la société qui a besoin de nos boutiques sans lesquelles elle ne pourrait pas s’habiller.

Ambitions : A quel moment de cette aventure êtes-vous arrivée ? Quel est votre parcours ?

Alice Launet : Je suis arrivée (il y a six mois), fin septembre 2015. Je viens du secteur social avec une expérience, notamment, dans la politique d’emploi des personnes handicapées.

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Alice Launet, la nouvelle directrice des trois boutiques parisiennes Emmaüs la Friperie solidaire et de l’atelier du Labo de l’Abbé.

Ambitions : Quelles qualités particulières faut-il avoir pour travailler au Labo de l’Abbé1 ?

Alice Launet : J’ai un master en management international, j’ai travaillé en Inde et en Angleterre. Au Labo aussi, on retrouve beaucoup de cultures différentes, des personnes éloignées de l’emploi mais aussi des personnes qui viennent d’Éthiopie, d’Inde, d’Asie, d’Europe de l’Est… Il faut donc pratiquer un management d’équipe mais aussi interculturel car, par exemple, ce qui est beau pour l’un ne l’est pas pour l’autre. Il faut pouvoir comprendre des cultures diverses.

Ambitions : Combien de personnes travaillent ici ? Quels sont les différents métiers ?

Alice Launet : Nous avons 40 personnes par an en CDDI (le contrat à durée déterminée d’insertion est ouvert aux personnes au chômage rencontrant des difficultés sociales et professionnelles particulières). Une des particularités de ce contrat est que l’on peut le suspendre. Si un salarié trouve un emploi plus intéressant, il peut s’en aller et si ça ne marche pas, revenir chez nous. Tout le monde a le droit de cumuler jusqu’à deux ans de chantier d’insertion : on travaille sur le projet professionnel tout en stabilisant les autres problèmes. Par ailleurs, il y a huit autres personnes qui encadrent : une encadrante technique qui coordonne l’activité économique, deux accompagnatrices socioprofessionnelles, trois responsables de boutiques qui sont d’anciens salariés du chantier d’insertion, une assistante couture et un chauffeur.

Ambitions : Comment sont-ils recrutés et combien sont-ils rémunérés ?

Alice Launet : Les salariés en contrat d’insertion sont payés au Smic. Les personnes qui viennent ici sont orientées par Pôle emploi et par Cap emploi qui s’occupe des personnes handicapées, ou encore par les missions locales pour les jeunes de moins de 26 ans. Toutes ces personnes connaissent, outre le chômage, les mêmes freins à l’emploi (logement, finances, santé, femmes isolées, sans-papiers, difficultés à parler le français). On les aide à trouver des solutions, c’est pour cela que les contrats sont à temps partiel. Par ailleurs, toutes les personnes sous contrat chez Emmaüs La Friperie solidaire ont des papiers afin de pouvoir être contractualisées. Nous ne pouvons pas embaucher les personnes sans-papiers.

Ambitions : Avez-vous beaucoup de candidatures ?

Alice Launet : Il y a beaucoup de demandes des moins de 26 ans et des plus de 60 ans qui ont encore besoin de travailler. C’est un public très varié, mais avec la problématique majeure de l’insertion.

Ambitions : Combien de temps occupent-ils cette place ?

Alice Launet : Le but est de retrouver un emploi rapidement. Il y a donc des entrées et des sorties permanentes. Nous sommes un tremplin, on redonne une chance aux personnes pendant deux ans, avec un suivi personnalisé, et aussi aux jeunes qui sont un peu perdus.

Ambitions : Vous réalisez chaque année un défilé de mode. Comment l’idée est-elle venue ?

Alice Launet : En même temps que la création de la marque. Pour montrer nos créations et nous faire connaître, on invite des journalistes, des gens de la mode, d’autres associations.

Ambitions : Collaborez-vous avec des écoles de stylisme, d’autres associations ?

Alice Launet : Oui, d’ailleurs on aimerait développer ces collaborations. Les jeunes stylistes viennent choisir du textile que nous avons recyclé. Nous aimons aussi nous nourrir de leur savoir-faire. J’ai rencontré récemment une association qui s’occupe de l’accessibilité et qui prévoit un défilé de fauteuils roulants customisés. Je leur ai proposé de venir à La Friperie solidaire pour prendre des textiles. On peut imaginer beaucoup de choses en termes de réutilisation.

Ambitions : Quel est le but du défilé ? Est-ce mettre en avant tous les acteurs de l’ombre, prouver le potentiel de création ? Est-ce dans un but commercial ? Ou alors l’occasion d’une fête qui rend hommage à tous les participants ?

Alice Launet : C’est un moyen de valoriser le travail des équipes. Coudre pour la marque du Labo de l’Abbé est un concept très original, car cela consiste à réaliser des créations à partir de matériaux recyclés. Après le défilé, les pièces sont vendues à des prix relativement réduits, conformément à notre philosophie. Ils sont décidés d’un commun accord entre l’encadrante technique, la responsable de chaque boutique et moi-même. Si le défilé sert à nous faire connaître, à montrer nos créations, notre savoir-faire, c’est aussi, pour nous l’occasion de partager, tous ensemble, un moment festif. D’ailleurs, chaque année, certains anciens salariés viennent défiler !

1: L’association s’appelle Emmaüs La Friperie solidaire. Le Labo de l’Abbé est la marque déposée par l’association et le nom de la boutique d’Oberkampf.

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Des ventes sont organisées ponctuellement au Point éphémère, une salle de spectacles parisienne.

COTE CHIFFRES

  • Plus de 40 salariés en contrat d’insertion par an.
  • 60 % d’entre eux trouvent un emploi ou une formation à l’issue de leur contrat d’insertion.
  • 10 tonnes de textile partent au recyclage chaque mois.
  • 20 tonnes de textile sont revalorisées chaque mois.
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Côté tri : Marthe (au premier plan) participe au tri des vêtements. Puis les pièces sélectionnées seront acheminées vers les boutiques de l’association.

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L’atelier de création jouxte le hangar de tri. Ici, on revalorise chaque vêtement sous le regard de Ouattara (premier plan), couturier professionnel.

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OUATTARA, est couturier, il vient à l’atelier deux fois par semaine depuis quatre ans. Il s’occupe des patrons et de la partie technique des créations. Originaire de Côte d’Ivoire, il a commencé la couture à l’âge de 13 ans. Transmettre ses connaissances est donc dans l’ordre des choses : « Il faut partager, c’est valorisant. »

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MARTHE, est trieuse depuis juillet 2015, trois jours et demi par semaine. Elle vient de Conakry, en Guinée, réfugiée en France et soutenue par France Terre d’asile. C’est grâce à son assistante sociale qu’elle a envoyé un CV et trouvé cet emploi en insertion.

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MICHEL, est assistant technique couture. A 69 ans, il travaille vingt-quatre heures par semaine à l’atelier. En dehors, il réalise des sculptures et fait des petits chantiers de bricolage. Il est entré à la Friperie il y a dix ans avec un statut de salarié en insertion. Permanent à l’atelier depuis cinq ans, il raconte que Ouattara lui a tout appris. Il adore travailler de ses mains et l’ambiance du Labo. Ici, « on a une qualité de vie supérieure à avant », dit-il. Lors de certaines ventes, il lui arrive de discuter avec des clients et d’avoir un avis sur ses créations.

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CARINE, est couturière, avec une aptitude particulière pour la création d’accessoires. C’est par l’intermédiaire de Pôle emploi qu’elle a pu intégrer l’atelier, en septembre 2015. Elle y est en contrat d’insertion, trois jours et demi par semaine. Elle aimerait bien travailler pendant deux ans pour l’atelier de couture, ce que lui permet ce type de contrat.

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SOPHIE, est accompagnatrice socioprofessionnelle depuis juillet 2014 et titulaire d’une licence en histoire et en sciences politiques. Mais le côté humain lui manquait. Elle ajoute donc à son cursus une formation du Cnam en insertion professionnelle et enrichit son parcours de beaucoup de bénévolat dans le milieu associatif (La Croix-Rouge et le Secours catholique). Elle souligne qu’à la Friperie solidaire, la majorité des encadrants n’ont pas de formation spécifique, mais une grande motivation, énormément de compétences différentes ainsi que de réelles capacités d’adaptation. Son rôle est d’accompagner les personnes pour résoudre toutes les problématiques qui les empêchent de trouver un emploi. Elle les aide à s’insérer, se loger, se reconstruire et les oriente vers d’autres structures qui vont également les épauler.

OU ACHETER

La Friperie solidaire Alfortville

Adresse : 8 rue Victor-Hugo 94140 Alfortville
Tél. : 01 43 53 11 38
RER : Ligne D Maisons-Alfort/Alfortville
Horaires d’ouverture : du mardi au samedi de 10 heures à 18 h 30

La Friperie solidaire Paris 12 – Chaligny

Adresse : 17 rue Chaligny 75012 Paris
Tél. : 01 46 28 83 57
Métro : L1/L8 Reuilly-Diderot
Horaires : lundi de 16 heures à 19 h 30
Du mardi au samedi de 10 h 00 à 19 h 00

Le Labo de l’Abbé

Adresse : 25-27 rue Oberkampf 75011 Paris
Tél. : 01 43 53 92 71
Métro : Filles du Calvaire (L8) ou Oberkampf (L9)
Horaires : du mardi au samedi de 11 heures à 19 h 30

Point éphémère

Adresse : 200 quai de Valmy, 75010 Paris.

E-CONTACTS

www.lafriperiesolidaire.com
Emmaüs-la-Friperie-Solidaire
accueil@lafriperiesolidaire.com