En 2019, la filière solaire photovoltaïque a produit près de 131,8 TWh dans l’Union européenne selon EurObserv’ER (contre 122,9 TWh en 2018). © Medde

O’Watt Citoyen

Produire et consommer son électricité

 

Texte Sandrine Edery
PUBLIÉ LE 9 NOVEMBRE 2020

Les coopératives d’énergies citoyennes se développent de plus en plus car elles permettent de maîtriser la production et la consommation d’une énergie verte et locale. Ambitions vous éclaire sur ce mouvement participatif à travers l’exemple du collectif O’Watt Citoyen.

Le fil conducteur

A Vauréal dans le Val d’Oise, afin d’agir concrètement en faveur de la transition énergétique, des habitants ont décidé de créer une coopérative pour réaliser un projet de production électrique issue d’installations photovoltaïques. Cette idée lumineuse a commencé à scintiller en 2019 lorsque O’Watt Citoyen n’était encore qu’une association de 37 adhérents. Ils viennent de se constituer en SCIC SAS (Société Coopérative d’Intérêt Collectif par Actions Simplifiées), statut plus adapté au fonctionnement de la coopérative (lire encadré ↓). Soutenus par l’association Énergie partagée qui accompagne et finance des projets citoyens de production d’énergie renouvelable, les 48 sociétaires actuels dont 6 collectivités sont tous motivés pour produire une électricité verte, locale et adaptée aux besoins et contraintes des 13 communes de l’agglomération de Cergy-Pontoise (Val d’Oise).

Le 25 septembre 2020, lors de la création de la première coopérative citoyenne de production d’énergie renouvelable, à Cergy Pontoise. © O’Watt

Faire passer le courant

Pour faire aboutir le projet, il est essentiel de faire coopérer les citoyens et les collectivités. En général, les communes accueillent favorablement le projet. Il s’agit pour elles de fournir des toits assez grands pour y poser des panneaux solaires ; la coopérative se charge de les installer et de les entretenir, ce qui représente environ 400 euros par panneau. Quant aux citoyens, ils peuvent devenir sociétaire de la SCIC en prenant une part sociale, fixée à un minimum de 100 euros. Cela peut être aussi une opportunité pour les épargnants qui veulent placer leur argent dans un projet local et porteur de sens.
David Agrech, adjoint au maire, délégué à la transition énergétique de la mairie de Cergy précise : « Nous essayons de nous projeter sur le long terme afin d’atteindre l’objectif d’une neutralité carbone en 2050, comme le prévoient les accords de Paris. Il est donc important de s’impliquer dans des projets tels que celui du collectif O’Watt Citoyen. D’ores et déjà, l’équipe municipale est partante. D’autant plus que le fonctionnement démocratique de la coopérative est attrayant. Je présenterai donc une proposition de décision au conseil municipal de novembre pour que la ville prennent une ou plusieurs parts sociales fixée à 1000 euros pour les collectivités, et mette à disposition des toitures. »

Un fonctionnement énergique

Le principe fondamental est celui d’1 personne = 1 voix quel que soit le montant souscrit au départ par le sociétaire, qu’il soit collectivité, entreprise privée ou particulier. A cela s’ajoute que toutes les décisions majeures doivent être prises en assemblée générale, (choix des matériaux de construction des panneaux, du fabricant, des implantations…). Enfin, une Société Coopérative d’Intérêt Collectif a l’obligation d’avoir une gestion désintéressée c’est-à-dire que le bénéfice doit en grande partie être réinvesti dans l’activité. Tous les ans, les sociétaires réunis en AG peuvent décider de rémunérer les placements mais ce n’est pas une obligation.

Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les énergies renouvelables devraient voir leurs capacités mondiales croître de 50% d’ici à 2024. © Dr

Et la lumière fut…

O’Watt Citoyen prévoit une mise en route d’ici mi-2021. L’électricité produite sera majoritairement consommée par les habitants des bâtiments équipés en panneaux photovoltaïques. Les excédents, en l’absence de système de stockage, seront réinjectés sur le réseau local, et revendus éventuellement à Enercoop (lire article ↓). Le collectif aura ainsi prouvé que la production d’énergie n’est pas réservée aux professionnels, et que leur initiative est bien plus qu’une simple lutte contre le changement climatique.

E-CONTACT

www.facebook.com/owattcitoyen
 

En savoir plus sur la SCIC SAS

Ce statut constitue avant tout une adhésion aux valeurs coopératives fondamentales puisqu’il permet :
– Un fonctionnement démocratique, collégial et pluri-partenarial.
– Un sociétariat diversifié et ancré dans son territoire, réunissant des actrices et des acteurs différents (producteurs, consommateurs, associations, collectivités locales, prestataires, personnes soutiens et salariés de la SCIC), ayant pour finalité l’intérêt collectif au-delà des intérêts particuliers.
– La prééminence de la personne sur le capital, avec la règle fondamentale « une personne = une voix ».
– Un réinvestissement minimum de 57,5 % des bénéfices dans les fonds propres de la société OWC et leur consolidation.
– Le plafonnement de la rémunération des parts sociales, qui garantit à la société un caractère non spéculatif.
– La participation des collectivités locales à la SCIC est une garantie supplémentaire, celle de l’intérêt général du projet et de la pérennité de ses actions.

De l’énergie à revendre

En 2004, EDF débute sa privatisation et le marché de l’énergie est ouvert aux professionnels. C’est l’occasion pour une dizaine d’acteurs issus des énergies renouvelables, d’associations citoyennes et de l’économie sociale et solidaire de créer Enercoop, un fournisseur d’électricité 100% renouvelable.
En 2016, ils obtiennent l’agrément pour l’achat d’énergie issue des installations de production d’énergie renouvelable subventionnées par les contrats d’obligation d’achat.
Aujourd’hui plus de 300 producteurs dont les collectifs citoyens revendent l’énergie produite à Enercoop. Pour ces derniers, trois modèles de contrats sont proposés.

– L’obligation d’achat
Ce dispositif oblige les fournisseurs d’énergie à racheter l’électricité aux producteurs à un prix fixé par l’État. Grâce, entre autre, aux actions menées par Enercoop, EDF n’a plus le monopole du rachat. Cela signifie que les producteurs doivent dans un premier temps traiter avec EDF pour pouvoir, après un processus assez long (minimum 1 an), changer de fournisseur.
A noter : Pour la gestion des contrats en obligation d’achat, Enercoop a un agrément limité en nombre. Cette formule est donc destinée prioritairement aux projets collectifs et aux collectivités.

– Le tarif de soutien
Chaque année, une enveloppe est dédiée au soutien des projets qui militent pour l’accélération de la transition énergétique. Enercoop s’engage à acheter l’énergie produite à un tarif attrayant.
A noter : Il faut prendre contact avec eux avant le développement du projet, si celui-ci est soutenu par Energies partagées, c’est un plus.

– L’offre pour les producteurs de moins de 100 MWh par an
L’énergie produite par les bâtiments est parfois plus importante que les besoins nécessaires. Dans ce cas Enercoop rachète le surplus de production et la réinjecte dans le réseau (6 cts du kwh). Cette offre concerne également les projets en autoconsommation individuelle ou collective, mais la capacité d’accueils de projets de ce type est limitée. Malheureusement, Enercoop ne peut pas garantir à tous les projets d’être l’acheteur du surplus.
A noter : Cette offre est soumise à des conditions simples : être client et sociétaire d’une des coopératives du réseau Enercoop, dans la limite des capacités opérationnelles d’accueil des nouveaux producteurs.

Paroles d’Ambitieux : La coopérative “Les Survoltés”, premier parc solaire citoyen à Aubais (Gard)

Vidéo © brut

Les fournisseurs d’électricité proposent des offres vertes. Mais s’agit-il réellement d’énergie renouvelable ? Vérifiez grâce au classement comparatif proposé par Greenpeace France.

LE GUIDE DE L’ELECTRICITE VERTE

Ils sont près d’une trentaine de fournisseurs d’électricité à proposer des offres dites « vertes ». Pour nous aider à y voir plus clair, Greenpeace France a établi dans ce guide, un classement du plus vert au plus mauvais.
Chaque fournisseur a dû répondre aux questions suivantes :
– Achète-il ou produit-il lui-même l’électricité ? Avec quelles sources d’énergie ?
– Dans quelles énergies investit-il, dans quelles proportions et à quel rythme ?
– Achète-t-il des garanties d’origine et d’où viennent-elles ?