Vive les Groues est un lieu de détente et d’expérimentations urbaines.

Yes We Camp

Les nouveaux explorateurs urbains

 

Texte Sandrine Edery – Photos Yes We Camp
PUBLIÉ LE 24 OCTOBRE 2018

Ce collectif d’architectes, d’urbanistes et d’artistes est né à Marseille, en 2013. Depuis, de nombreux projets sont venus enrichir leur expérience et leur envie de créer des lieux de vie, tremplins des actions collectives. La preuve par l’exemple avec Vive les Groues, à Nanterre.

C’est à l’occasion de l’événement Marseille, capitale européenne de la culture que l’idée leur est venue. Installer un camping urbain et un village artistique accessibles au public venu de toute l’Europe, durant les huit mois de la manifestation. Ainsi, depuis 2013, l’association Yes We Camp, n’a cessé d’investir des lieux pour leur donner vie et visage humain. À Paris, dans le 14e arrondissement, sur le site de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, les Grands Voisins propose des activités collectives qui accompagnent la transformation du quartier. À Aubervilliers, une friche clôturée est devenue un lieu de promenade pour les riverains. Dans les Cévennes, l’ouverture d’une buvette/épicerie a anime le village de Saint-Martin-de-Boubaux. A Arcueil-Cachan, des manifestations artistiques et culturelles accompagnent les étapes du chantier de la gare RER. La liste est longue et se double de projets urbains expérimentaux tel qu’Habitarium, à Roubaix pour y installer un camping-village sur le toit de La Condition Publique, établissement public de coopération culturelle. Ou encore dans les quartiers nord de Marseille, pour transformer 20 hectares de collines en un « parc métropolitain », où l’on puisse déambuler librement, mais aussi apprendre, rencontrer et exprimer ses talents.

Yes we can

C’est au milieu d’une zone industrielle de Nanterre, majoritairement occupée par des entrepôts parfois à l’abandon, que s’est installée l’équipe de Yes We Camp. Leur projet Vive les Groues, occupe un terrain en friche de 9 000 m2, situé en contrebas du quartier de La Défense et du très high-tech bâtiment U-Arena, signé de l’architecte Christian de Portzamparc.
En 2030, ce « nouveau quartier », de 76 hectares au total, sera en bordure immédiate de la future gare Nanterre-La Folie, qui accueillera un arrêt du RER E, ainsi qu’un arrêt de la ligne 15 du métro du Grand Paris Express. On y prévoit 200 000 m² de bureaux, 5 000 logements, des commerces et des équipements publics.
Dans le cadre de ce réaménagement, le projet d’occupation des Groues est envisagé sur huit ans. Le but est d’inventer le quartier de demain. Pour cela, il est prévu de créer une pépinière de végétaux, de proposer un espace promenade, d’organiser des réunions, des ateliers et des moments festifs. Autant d’initiatives pour faire émerger une identité et des usages spécifiques aux Groues.

Une friche de 9 000 m² pour planter des arbres, partager un atelier, révéler les histoires locales, organiser des réunions, des ateliers et des moments festifs.

Bar, sauna et pépinière

Dickel Bokoum, coordinatrice du projet nous sert de guide. Diplômée d’un master gouvernance urbaine de sciences po, elle a rejoint, à la fin de ses études, les équipes de Yes We Camp. Comme tous les salariés de l’association, à plein temps ou saisonniers, quelle que soit leur compétence, architectes ou cuisiniers, la rémunération est égale au Smic
Sur le terrain, une équipe de Yes We Camp, 4 salariés à temps plein, 2 services civiques et 2 stagiaires, assure le fonctionnement et l’accueil des visiteurs durant la journée et en début de soirée. . « Ce qui nous intéresse, c’est de développer d’autres manières d’occuper les lieux et de créer une vie de quartier, précise Dickel. » Les membres sont déjà à pied d’œuvre. Pique-niques, barbecues, ateliers de construction et de jardinage, concerts, spectacles en plein air, conférences, bains de vapeur et bivouacs sont proposés. D’autres initiatives émergent au fil du temps et des rencontres.
Mais l’idée phare du projet reste la création d’une pépinière, en collaboration avec l’association tnplus (www.tnplus.fr). Quelques 68 arbres destinés aux 68 gares du Grand Paris ont déjà été plantés. Puis, de 2017 à 2020, plus de 1500 jeunes plants seront accueillis sur le site avant d’être transplantés dans les futurs espaces publics. Visiteurs, voisins, sympathisants viennent jardiner et entretenir ce poumon vert. C’est ce qu’on appelle, en langage Yes We Camp, faire naître un écosystème d’acteurs variés et engagés. Ou comment remettre l’humain dans le processus de création de la ville.

Yes we compte

Le modèle économique du collectif se met en place au fur et à mesure de son existence. À court terme, son but est de recourir au mécénat et au financement public. Mais, jusqu’à ce jour, les maigres subventions reçues n’ont pas permis de financer les projets. Aux Groues, par exemple, il n’y a pas eu de soutien financier de la ville de Nanterre, excepté la concession du terrain pour cinq ans. Quant à l’aménageur du site, il les accompagne techniquement. Il a, entre autres, pris en charge la très coûteuse dépollution des sols en apportant, sur le site, la terre de chantiers des environs.
La majeure partie des ressources financières provient des activités proposées sur chaque projet : les recettes des campings, bivouacs, concerts… « Ici, nous allons mettre en place une instance de gouvernance commune, la coop des Groues, pour décider d’un ensemble d’activités et d’aménagements à réaliser dans le quartier, susceptibles de nous apporter une trésorerie », développe Dickel.

Un lieu rendu vivant par la participation de chaque visiteur.

De la suite dans les idées

Les équipes de Yes We Camp commencent à mesurer la valeur de leurs actions et réussissent à écrire la rémunération de leurs futurs projets. « On essaie de trouver un modèle économique dans lequel tous les acteurs puissent tirer profit, chacun à la mesure de son action, précise Théo Ribiere, chargé de coordination interne. On intervient aussi en tant que conseil sur les structures qu’on a mises en place, et puis on anime l’espace public ; on doit être rémunérés pour ce travail. »
Fidèle à ses convictions, l’association souhaite jouer le rôle de consultant en développant une branche conseils pour aider et accompagner les personnes dans leurs projets tous azimuts. Aider les initiatives, essaimer leur façon de faire. « Maintenant qu’on a acquis la confiance des villes et des aménageurs, on pourrait aider ceux qui ne l’ont pas encore », ajoute Dickel.
Yes We Camp est aussi sollicité par des artistes qui souhaitent exposer, créer des évènements et des lieux culturels. Grâce aux outils qu’ils ont développés pour mieux comprendre et analyser la dynamique d’un quartier, peut-être l’association va-t-elle évoluer de Yes We Camp en Yes We Change.

Tout va vite à l’heure du Grand Paris, mais la ville ne saurait se faire en un claquement de doigts.

 

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