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Viacti

La solidarite en mouvement

Texte Aurélie Hazard – Photos Lionel Léger
PUBLIÉ LE 16 MARS 2017

Lutter contre la perte d’autonomie, d’estime et de confiance en soi, en proposant des ateliers d’activité physique adaptée à des personnes en situation de précarité ou de handicap. Telle est l’ambition de Viacti. Focus.

Il y a quasiment sept ans, Michael Mamodhoussen et Stéphane Lusgarten se rencontrent sur les bancs de la faculté Paris-V. Étudiants en Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives), ils deviennent amis et décident, animés par la même ambition, de construire « un projet qui rendra accessibles et bénéfiques à tous les activités physiques adaptées et santé (Apas) ». Vectrice d’émancipation et de plaisir, cette structure permettra à des personnes « en situation de handicap physique et/ou mental, et en situation de précarité, d’avoir à leur disposition un outil pour maintenir leur autonomie, les rééduquer à l’effort, prévenir les chutes et travailler la confiance et l’estime d’elles-mêmes ». Leur action s’adresse au plus grand nombre possible de jeunes ou de moins jeunes. Leur enjeu n’est autre que de « permettre aux personnes fragilisées de maintenir ou d’acquérir une autonomie par la pratique d’Apas ».

Unis par la passion du mouvement

Le 14 février 2011, Viacti naît. Michael Mamodhoussen et Stéphane Lusgarten sont convaincus que les connaissances et compétences des autres peuvent les aider dans leur mission, ainsi décident-ils d’ouvrir les portes de leur association à d’autres jeunes, soucieux de mettre leurs compétences au service d’une cause solidaire. Alexandre Valensi, diplômé d’une école de commerce et de management de sport, et Initiateur du projet Sport pour toit (qui aide les personnes sans domicile fixe à se réinsérer par le sport) les rejoint en 2014. Margaux et Jean, étudiants en psychomotricité, effectuent actuellement leur dernier stage au sein de l’association. Unis par la même passion du mouvement, il règne une harmonie au sein de l’équipe. Ce qui, à n’en pas douter, est gage de sécurité et de stabilité pour les personnes qui se rendront à l’association.

association sportive contre la précarité

Seul ou en binôme, les participants se réapproprient l’espace.
L’espace d’une pièce et l’espace de son corps.

CHIFFRES CLÉS

200 participants chaque semaine. 40 structures partenaires,80 % des structures sont parisiennes, les autres sont situées en proche banlieue. De 6 à 12 semaines, c’est la durée de chaque cycle. À la fin, une évaluation a lieu pour permettre aux intervenants de l’association de réajuster quelques points et pour connaître le ressenti des personnes. 5 thématiques : précarité, handicap, santé, vieillissement et éducation. 3 chartes signées : « La Charte de l’association Viacti », « La Charte du Sport Responsable de Generali » et « La Charte d’engagement de l’Agence pour l’éducation par le sport (APELS) ».

Le parcours proposé comprend cinq étapes : inspirer, pratiquer, partager, rencontrer et libérer. En fonction du but recherché, un programme différent peut être proposé. Viacti co-construit ses actions avec trente structures médico-sociales partenaires. L’une des fiertés des créateurs de Viacti est de continuer à travailler avec les mêmes partenaires.
les bureaux de l’association sont installés au 82 avenue Denfert-Rochereau, à Paris, dans le cadre d’une intégration aux Grands Voisins. L’ancien hôpital de Saint-Vincent-de-Paul abrite 200 espaces dédiés à l’économie sociale et solidaire. C’est dans l’un de ces espaces que Viacti propose des ateliers où l’activité physique est utilisée comme moyen de promouvoir et d’encourager « un habitus santé au quotidien » dont l’impact positif sur le corps et le mental de chaque personne n’est plus à démontrer.

À chacun sa façon de bouger

Sur le site de l’association, les protagonistes ont pris soin d’énumérer les avantages physiologiques, cognitifs, biomécaniques et sociaux de l’Apas (Activités physiques adaptées et santé et de rappeler que nombre d’études démontrent la pertinence de « la mise en mouvement [qui] calibrée et régulière est un moyen thérapeutique, non médicamenteux, capable d’agir à la fois en prévention primaire (mode de vie), mais aussi en prévention secondaire (traitements pharmacologiques) avant d’inviter chacun d’entre nous à “trouver sa manière d’être en mouvement” ». Les Activités de la vie quotidienne (AVQ), le sport, la gymnastique douce, la natation, la marche sont autant de possibilités de travailler sur ces différents points et de contribuer à sa santé. Pour y parvenir, l’association Viacti a choisi de se positionner en promouvant les Apas). « Notre but est d’accompagner chacun dans un projet personnel d’activité physique. À chaque fois, nous veillons à prendre en considération le besoin de mobilité de la personne. Ainsi, le projet peut s’orienter vers des séances collectives ou individuelles. Le but ultime étant que la personne puisse comprendre et inclure son corps comme étant une source de santé au quotidien. » En 2017, Viacti espère s’implanter ailleurs. « Les personnes que nous aidons ne sont pas localisées uniquement à Paris ou en dans sa proche banlieue », conclut Alexandre Valensi.


Pour chaque personne, un projet personnel d’activité est élaboré. Le seul but à atteindre, c’est la domestication de son corps, chez soi ou dehors, pour soi et pour les autres, seul(e) ou en groupe.

Le parcours pratiquant

Il se déroule en 5 étapes et peut être mis en place partiellement ou totalement.
1 Inspirer : par des sorties à des matchs, des événements sportifs et des petits déjeuners sport-santé au cours desquels les intervenants de l’association expliquent les bienfaits d’une remise en mouvements.
2 Pratiquer : une activité physique adaptée aux besoins, envies, motivations, attentes et capacités des personnes, par la gymnastique douce, le renforcement musculaire, des sports collectifs, la natation…
3 Partager : ces moments avec d’autres personnes rencontrant les mêmes difficultés ou pas.
4 Rencontrer : le monde sportif, pour permettre de gagner en autonomie dans sa pratique individuelle, collective et en clubs.
5 Libérer : l’orientation professionnelle, en facilitant l’accès à des formations et à un métier.

association sportive contre la précarité
association sportive contre la précarité

AU CŒUR D’UN ATELIER
Mercredi, 14 h15. Margaux, Jean et Alexandre attendent les participants qui sont aujourd’hui les éclaireurs urbains de l’Alternative Urbaine à l’atelier de la maison des médecins, avenue Denfert-Rochereau, à Paris. Quatre personnes font leur apparition. D’ordinaire, ils sont un peu plus. Bon point, les absents ont veillé à prévenir les intervenants et les autres participants de leur absence. Habitués des lieux, ils viennent à cet atelier, chaque mercredi. Aujourd’hui, c’est Margaux, stagiaire et étudiante en psychomotricité, qui dirige la séance. D’emblée, elle invite chacun d’eux à se mettre à l’aise en ôtant si besoin leurs chaussures et leur rappelle les règles. « Si ça ne vous plaît pas, dites-le. Si ça vous apporte quelque chose, dites-le aussi. N’ayez pas de jugement envers les autres membres du groupe. »

La séance débute. Chacun prend conscience de l’espace qui l’entoure en réalisant les exercices proposés : marche rapide, marche plus lente, marche en arrière, etc.Régulièrement, Margaux veille à faire le point. « On s’arrête et on fait le point sur notre respiration. Est-elle plus lente ? Plus rapide ? Avez-vous ressenti des picotements dans les mains ? Une sensation de chaleur ? »

15 heures, c’est la deuxième partie de la séance. Des binômes sont formés. Chacun leur tour, les participants sont soit guideurs, soit guidés. Et doivent donc faire confiance à leur partenaire pour ne pas se cogner dans un mur ou dans un autre participant ! L’exercice se déroule sans encombre… À l’issue de cet exercice, les participants donnent leurs impressions. Un nouveau jeu est proposé : le Ninja. Comme tout à l’heure, tous participent activement. Des participants sont éliminés. Les autres attendent avec patience la fin du jeu.

15 h 30. Margaux propose aux participants une séance de relaxation. Chacun se prête au jeu et livre à l’issue de ce troisième temps ses impressions. « C’était bien », apprécie l’un d’eux. Pour un autre, la séance ne l’a pas plus enthousiasmé que ça. L’heure de la fin a sonnée. Tous reviendront la semaine prochaine pour une nouvelle séance conforme à leurs besoins… L’adaptabilité des intervenants est incontestablement la force de ces ateliers.

Les différents projets

Sport pour Toit aide les personnes SDF à se réinsérer par l’activité physique. Lauréat de l’Awesome Foundation Paris, labellisé La France s’engage, soutenu par la Réserve Parlementaire de Sandrine Mazetier, primé à La France des Solutions.

Viactives aide les femmes à la rue à se remettre en mouvement de manière sécurisée et connectée. Lauréat des Trophées Femmes en sport de La Mairie de Paris, nommé et labellisé Sport Responsable par Generali.

SporTrans Citoyenneté aide, par l’activité physique les personnes transgenre dans leur parcours de santé et de vie, en partenariat avec Acceptess-T. Primé au concours « Le Refuge Institut Randstad Initiatives contre l’homophobie et la transphobie ».

Sport et Secourisme en partenariat avec Hors la Rue. Le projet rend accessibles aux jeunes – par l’activité physique – des savoirs leur permettant d’intervenir en cas d’accident dans leur quotidien, de venir en aide et de faciliter leur intégration dans la société. Prix du coup de cœur solidaire de la Fondation SNCF .

Viaction favorise le bien-être et l’intégration des travailleurs handicapés par l’activité physique adaptée. Primé au European Youth Event Business Challenge, soutenu par l’Institut de l’Engagement, finaliste de « La Riposte » d’Animafac.