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Freegan Pony

Le festoche

Musique et régals alternatifs

Texte Sandrine Edery
PUBLIÉ LE 25 JUIN 2017

C’est la deuxième année que Freegan Pony participe à We Love Green, un festival de musique engagé et écolo qui correspond aux valeurs du restaurant solidaire.

Freegan Pony est aussi à Lyon, et propose un menu composé à partir d’invendus du marché de Gros
Lyon-Corbas. Suite à la participation au festival les Nuits Sonores, l’équipe a pour projet de monter
un restosquat sur place, dans les mois à venir.
Photo Maxime Chermat pour Freegan Pony

Le festival We Love Green a investi le bois de Vincennes, près de Paris, les 10 et 11 juin. Si vous aimez le vert, c’est the place to be. En dehors d’une scène musicale internationale variée et tendance, mêlant valeurs sûres et groupes émergents, le green 2017 renouvelait l’expérience du Think Tank, sorte de laboratoire d’idées et d’échanges en matières d’innovations environnementales. Au programme, conférences, projections et tables rondes pour ouvrir le champ des possibles en matière de développement durable. En outre, un workshop d’expérimentations scénographiques a permis à la jeune génération de designers et d’étudiants de proposer, en amont, plus de 100 projets pour imaginer la scénographie de l’événement. Les vingt projets sélectionnés par un jury d’experts de l’art, de la scénographie ou du design, ont été présentés durant le festival..

BIO FESTIVAL

100 % du festival We Love Green est alimenté en énergie renouvelable.
100% des déchets sont triés, revalorisés, ou compostés. L’innovation de l’année : la création d’un véritable centre de tri, visible sur le site, et l’installation d’une centrale énergétique Open Source couplant toutes les technologies.

Ecouter, voir et… déguster

Les lovers du green en ont pris, cette année encore, plein les yeux et les oreilles. Pour autant, il n’était pas question de négliger un moment convivial autour d’un verre ou d’un repas sain. Ici pas de malbouffe, ni hot dog chimique ni kébab douteux. Pour proposer le meilleur, We Love Green, épaulé de son jury de professionnels, accompagne les restaurateurs sélectionnés sur le sourcing (bio et locaux), pour une traçabilité totale des produits, ainsi que sur le don des invendus. Pas étonnant que nous y retrouvions l’équipe du Freegan Pony. Ce restaurant associatif lutte contre le gâchis alimentaire depuis octobre 2015. L’essentiel de son activité se concentre sur la préparation de repas à prix libres, confectionnés avec des invendus récupérés sur le marché de Rungis. Ainsi, participer à ce genre de festival est l’occasion d’échanger autour de leur cuisine, mais aussi de parler de leur histoire, de leur engagement et de leurs projets.

Shame, un show spectaculaire pour ce groupe qui incarne la nouvelle scène du rock anglais.
Photo Lionel Léger pour Ambitions.

LEXIQUE

Le freeganisme consiste à consommer ce qui est gratuit et végane. Ce mot est constitué de deux termes anglais, free qui signifie gratuit et veganism qui est un mode de vie où on ne consomme aucun produit issu des animaux ou de leur exploitation. Les Ponys sont simplement végétariens, il s’agit là de lutter contre le gâchis et non de faire la promotion du veganisme.

Les carottes étaient cuites

Rappelez-vous : mai 2016, des huissiers voulaient expulser le restaurant végétarien et alternatif qui squattait, depuis un an, un bâtiment de la ville de Paris situé sous le périph’, Porte de la Villette (XIXe arrondissement). Freegan Pony, c’est, côté cuisine, de vrais chefs, dont certains étoilés, rémunérés par l’association. Côté salle, des clients ravis de la qualité du repas et de l’addition modulable – chacun paye en fonction de ses moyens. Fermer ce lieu emblématique de la lutte contre le gâchis aurait été une erreur… C’est ce qu’ont bien compris les aficionados. Levée de boucliers unanime : de la chic parisienne au banlieusard plus ric-rac, en passant par les grossistes de Rungis ou Emmaüs Pantin qui les a meublés. Quelques pétitions plus tard, la mairie de Paris, représentée par Antoinette Guhl, adjointe d’Anne Hidalgo, chargée de l’économie sociale et solidaire, décide d’apporter son soutien pour l’obtention d’une convention d’occupation et donc la régularisation. Celle-ci sera soumise lors du vote au budget participatif.

La mayonnaise prend

L’occasion rêvée pour la mairie de Paris de se saisir du sujet anti-gaspi. Mais pour Aladdin Charni, le fondateur du Freegan et l’équipe – composée de 6 personnes à plein temps : 3 contrats aidés et 3 bénévoles –, il s’agissait (tous azimuts) de se structurer, de créer une dynamique économique, de reconsidérer le fonctionnement du restaurant, de faire des concessions pour répondre aux démarches administratives sans perdre leur âme, de garder la liberté et l’esprit squat des débuts. En résumé, il fallait passer d’un collectif alternatif à une véritable association, seule solution pour obtenir la régularisation.

Du beurre dans les épinards

Le projet solidaire a trouvé écho auprès des Parisiens et le plan de financement sur trois ans, prévoyant 150 000 euros de travaux contre un loyer de 2 500 euros par mois, a été adopté par 16 000 votes lors du dernier budget participatif, dans le cadre de la lutte contre le gâchis. Le permis a été déposé en février 2017 et les travaux pour mettre aux normes les 800 m2, démareront cet été.
En attendant de réintégrer le XIXe arrondissement, le Freegan continue de servir des repas. Et participe à des festivals tels que We Love Green. Cela permet aux Ponys de gagner de l’argent mais aussi de continuer à exister et de partager des moments avec une clientèle qui n’a pas (encore) connu le resto sous le périph’. La réouverture est prévue le 16 octobre 2017 avec, s’ils obtiennent l’autorisation, une nouvelle entrée côté Aubervilliers, histoire d’ouvrir les portes vers le 93 (Seine-Saint-Denis);

We Love Green organise des tables rondes et des conférences pour sensibliser le public aux enjeux écologiques. Photo Lionel Léger pour Ambitions.

La loi anti gaspi du 11 février 2016

* Inscription dans le code de l’environnement d’une hiérarchie de la lutte contre le gaspillage alimentaire, allant de la prévention à la méthanisation.
* Obligation de recourir à une convention pour les dons réalisés entre un distributeur de denrées alimentaires et une association caritative.
* Obligation pour les surfaces de plus de 400 m2 de proposer, dans un délai d’un an à compter de la promulgation de la présente proposition de loi, une convention de don à une ou plusieurs associations pour la reprise de leurs invendus alimentaires encore consommable.
* Interdiction de la javellisation des invendus.
* Information et éducation à la lutte contre le gaspillage alimentaire dans les écoles.
* Intégration de la lutte contre le gaspillage alimentaire dans le reporting social
et environnemental des entreprises.

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