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Cinecyclo

Cinecyclo

recycle le cinéma

Texte Aurélie Hazard – Photos Cinécyclo
PUBLIÉ LE 31 AOÛT 2017

L’idée est simple et joyeuse : il s’agit de projeter des films dans les coins les plus reculés de la planète… grâce à un générateur à pédales ! Ainsi, Cinécyclo fait entrer le 7e art, là où il n’y a aucune salle de ciné. Travelling dans les villages du Sénégal.

Vincent Hanrion, 30 ans, n’aime pas rouler quand le thermomètre affiche plus de 46 °C…

À l’origine de Cinécyclo, il y a Vincent Hanrion. En 2012, lui vient l’idée d’un cinéma ambulant alors que, jeune diplômé des Arts décoratifs de Strasbourg, il s’envole pour Québec (Canada) afin d’y effectuer un stage professionnalisant de trois mois. Il y restera trois ans. Sur place, il monte un cinéclub et en profite pour regarder beaucoup de films qui nourrissent son « esprit créatif » et tester de nouvelles aventures comme « dormir dehors sous la neige ». Rapidement, il acquiert la certitude qu’une vie classique n’est pas pour lui.

Un vélo dans la tête

Alors, pour étancher cette soif d’aventures, pourquoi ne pas se lancer dans un tour du monde ! Le hic ? L’aventure pour l’aventure ne lui correspond pas. Il lui faut du sens, du concret. Qu’est-ce qui fait vibrer Vincent Hanrion ? La solidarité. « J’avais la volonté d’être utile et de partager mes passions. » Les mises en garde familiales n’entament en rien sa volonté, au contraire, elles lui ont simplement permises « d’envisager Cinécyclo comme un défi entrepreneurial ».
Peu à peu, son projet se dessine : créer un cinéma itinérant dans des lieux isolés et non accessibles en voiture. Un concept à la croisée des passions de Vincent : l’amour du ciné, l’appel de l’aventure, la soif d’inconnu et la méditation. Si l’idée est séduisante, presque « artistique », reste une question cruciale : comment alimenter un mécanisme pour que la « bobine défile » ? Réponse : avec un générateur à pédales. Recette : prenez un vélo cargo, fabriqué en France par la marque Douze-cycles qui autorise à configurer un modèle selon son cahier des charges, asseyez-vous sur la selle et… pédalez. Les images s’animent… avec 2 minutes d’autonomie si vous vous arrêtez. De toutes les façons, les spectateurs se relaient durant la projection et se muent ainsi en acteurs.
Une fois l’aspect technique maîtrisé, quels films projeter ? La séance va s’ouvrir par des dessins animés pour enchanter les enfants, puis suivent des films ou des documentaires en lien avec la thématique environnementale – choisis par des structures locales partenaires du projet. Les deux longs métrages retenus sont Binta et la bonne idée, de Javier Fesser (film de 2004, tourné au Sénégal) et Le cirque de Charlie (les films sont stockés sous format USB).

Le Cinécyclo Tour Sénégal c’est : 6 mois d’itinérance, 3 000 km, 100 projections, 10 000 spectateurs,
3 cyclistes (2 Français + 1 Sénégalais).

L’ Afrique est dans la course

Début 2014, Vincent Hanrion pose ses valises en France. Il va peaufiner son projet utile et solidaire. Intéressé par ce projet, un certain Alain le contacte : ils seront 2 pendant cinq mois, même si Vincent était un peu réticent au départ. Mais, à présent, il admet que c’était plus raisonnable au jour le jour. Car, à l’arrivée dans un village, il y a tout un protocole à respecter : saluer le chef de village afin d’obtenir l’autorisation de projection, se rendre à l’association des femmes, dénicher l’endroit où s’installer, calculer la hauteur de l’écran pour un visionnage au top…
Le duo décide d’inaugurer son action par un lieu où elle sera utile et nécessaire : l’Afrique, à cause des problématiques d’accès à l’électricité et au manque de moyens cinématographiques. Puis le choix s’est précisé sur le Sénégal car ce pays francophone est stable, le relief plat (ce qui n’est pas négligeable quand on parcourt un pays à vélo) et les associations locales recherchent des moyens de diffusion de films afin de proposer des solutions environnementales aux populations. Mais, attention, les films projetés n’ont aucune ambition moralisatrice. Ils proposent juste des « solutions applicables localement à des problématiques rencontrées au quotidien par les Africains », sourit Vincent.

Après le Cinécyclo Tour Sénégal 2015, le Cinécyclo Tour Panamericana. Un périple à vélo de 10 mois et d’environ 10 000 km à travers les Amériques, depuis la province du Québec jusqu’en Terre de Feu.

Cinécyclo : un projet solidaire

L’association s’est montée grâce aux financements de ses membres. Le tour du Sénégal a été financée à 80 % par des contributions volontaires (financements, subventions, crowfunding, sponsoring). La somme manquante a été apportée par Vincent. Ainsi, il a été possible d’organiser le tour du Sénégal. « Je suis graphiste indépendant, raconte Vincent. Cela me permet de compléter mes revenus au jour le jour parce que je ne perçois aucun salaire de l’association. » Pour lui, pas question d’être salarié de son association. Parvenir à créer de l’emploi est simplement « un bonus ».
En mars 2017 un salarié a été recruté en contrat unique d’insertion… Une victoire pour Cinécyclo qui souhaiterait, à terme, disposer aussi de locaux, histoire d’inscrire son action dans le temps. Et puis, avoir une adresse sur des flyers ajoute indiscutablement un crédit certain aux ambitions associatives…

100 projections, un succès

Novembre 2015, le tour du Sénégal débute et s’achèvera en juin 2016, à l’issue de 100 projections, quand seulement un quarantaine était prévue. Cinécyclo parcourt en moyenne 40 km par jour et totalise plus de 3000 km à la fin du périple. « Mais l’aventure va continuer grâce à des Sénégalais qui vont désormais pédaler pour relier les villages entre eux, précise Vincent Hanrion. Notamment Iba, un Sénégalais qui est passé maître dans la construction de génératrices. Il a été aidé par Bernard qui est parvenu à en réduire le poids de 34 à 6 kg ! Aujourd’hui, une quinzaine de bénévoles, dont Yoro Dialow qui porte haut le projet, continue de faire vivre et voyager le cinéma au Sénégal. D’ailleurs, ces projets ont une visée à long terme et pourraient devenir vecteurs d’emploi dans des pays en voie de développement. » En 2018, l’association retourne en Amérique du sud pour mettre en place Cinécyclo Tour Panaméricana, un projet où un apparait un transport à voile. À suivre…

Le tour de France de Cinécyclo

Cet été, des tournées ont eu lieu en France. Le but étant de démontrer que cette initiative prend aussi sens au coin de nos rues. L’aventure, c’est aller à la rencontre de l’autre, qui peut être son voisin.
Juillet 2017 : Bourgogne www.cinecyclo.com/fr/cinecyclo-tour-de-france-bourgogne-2017/ Août 2017 : Finistère (Bretagne). www.cinecyclo.com/fr/cinecyclo-tour-de-france-finistere-2017/.

E-CONTACTS

cinecyclo.com/
www.facebook.com/cinecyclo

3 questions à… Marion Boulet

Bénévole à Cinécyclo

Ambitions : pourquoi être bénévole à Cinécyclo ?

Marion Boulet : parce que ce projet m’a tout de suite parlé. Il fait écho à mes valeurs : aventure, solidarité et engagement. Il est à un stade passionnant d’évolution. L’association se structure, et chacun de ses membres peut apporter sa pierre à l’édifice, avec ses compétences. Le projet mêle réalisateurs, aventuriers, communicants, ingénieurs… Les profils sont différents et chacun apprend de l’autre.

Ambitions : quelles certitudes avez-vous développé en devenant solidaire ?

Marion Boulet : j’ai la certitude que le travail en équipe permet à une idée de se confronter à ses contradictions. Parce que d’autres croient aussi en son potentiel, l’idée se construit et devient projet. La solidarité des actions de Cinécyclo sur le terrain se ressent aussi dans les rapports entre ses membres.

Ambitions : quel est votre plus beau moment ?

Marion Boulet : mon plus beau moment fut les échanges avec le public suite à la projection de L’étranger et l’enfant Peul. La présentation par Vincent met le film en perspective et, tout à coup, aventure et solidarité deviennent cohérents. Le public a toujours des questions différentes et riches, qui confirment mon sentiment que Cinécyclo est une innovation qui a du sens, et qui peut se développer partout dans le monde.