En haut de gauche à droite : Louise Gasse, Eva Galano, Antoine Del Pino, Tino Roche
En bas : Thimoté Lebrun, Aurélie Dion

Thimoté Lebrun et Théo Noguer lors de la remise des prix du concours de la Riposte

Second Prix de l’innovation sociale (2 500 euros)

Escape game

dans les rues de Lyon

 

Texte Nelly Seznec – Photo et vidéo Y. Escape Game
PUBLIÉ LE 22 MAI 2019

Un groupe d’étudiants en urbanisme a imaginé un jeu de piste urbain. En recherchant le savant Y, chaque joueur découvre le cœur de Lyon, ses secrets, ses légendes… Mais doit-on croire les indices ? Faire confiance aux autres joueurs ? Welcome dans le monde de l’intox, des fake news et de la désinformation.

Ambitions : Qu’est-ce que Y.escape game ?
Thimoté Lebrun (co-président) : Y. Escape Game est un jeu à mi-chemin entre l’escape game classique et le jeu de piste urbain. Afin de résoudre le mystère de la disparition d’Y, les joueurs doivent fouiller son laboratoire afin de retracer son parcours, puis partir à sa recherche dans la ville de Lyon.
Le but du jeu est de découvrir l’histoire d’Y, un éminent scientifique au génie pragmatique, qui s’est laissé embarquer dans le monde de l’ésotérisme, de l’alchimie et de la franc maçonnerie. L’originalité se trouve à la fois dans le format hybride du jeu, mais aussi dans la façon dont les énigmes vont délivrer l’histoire en fonction de l’attention portée aux sources des informations reçues.
Ainsi, c’est une façon ludique de sensibiliser le grand public aux fake news en le plongeant dans une expérience immersive au cours de laquelle la confiance dans les informations et ses coéquipiers est mise à rude épreuve.

Ambitions : Combien êtes-vous dans l’association ?
Thimoté Lebrun : Nous sommes une équipe de 7 étudiants en urbanisme (L3 de géographie, parcours ville et urbanisme de l’Institut d’urbanisme de Lyon) : Eva Galano (co-présidente), Thimoté Lebrun (co-président), Louisse Gasse (secrétaire), Aurélie Dion (trésorière),Tino Roche, Antoine Del Pino, Grigor Grigoryan.

Ambitions : Comment tout cela a commencé ?
Thimoté Lebrun : Le projet est né en octobre 2018. Le travail d’historien est celui qui nécessité beaucoup de temps : la recherche documentaire sur l’alchimie, la franc-maçonnerie et les légendes urbaines de Lyon.
D’ailleurs, c’est en assistant à une conférence sur les mystères de Lyon que nous avons décidé d’aborder le problème des fake news, qui fait écho à un climat de paranoïa et de théories du complot entretenus par des pseudo-scientifiques. Nous nous sommes rendus compte qu’il existe une frange de la population qui assiste régulièrement à ce genre de conférence, qui est active sur les réseaux sociaux et partage en boucle le même avis sur le Net. Ils sont donc « enfermés » dans un monde de mensonges.
Animés par la volonté de lutter contre la prolifération de ces fausses informations qui polluent le débat démocratique, nous avons rencontré plusieurs associations lors de salons et de festivals. Comme Tubà, un espace de coworking et laboratoire des expérimentations urbaines qui, tout un week-end, a mis gratuitement à notre disposition une ancienne salle des coffres. Une chance immense car nous devions tout construire de nos propres mains, sans compétences particulière dans le milieu du jeu, de l’écriture et de l’événementiel.
Nous nous sommes financés grâce à un partenariat avec Joué Club et une association de l’Institut d’Urbanisme, UrbaOrbi, qui nous a permis d’envelopper des cadeaux pendant la période de Noël, et donc de gagner de l’argent pour notre projet. Nous avons également bénéficié d’un financement de l’Université de Lyon 2, ce qui nous a permis d’acheter le matériel nécessaire pour élaborer le jeu (impressions des éléments de décorations). Comme on avait très peu de moyens, il a fallu mettre la main à la pâte: cuisine maison et fabrication artisanale pour proposer un rendu le plus professionnel possible.

Ambitions : Pourquoi vous lancer là-dedans ?
Thimoté Lebrun : Cette démarche est née, avant tout, de l’envie d’expérimenter un autre mode de relation avec les habitants, à savoir le jeu, afin d’enrichir notre formation. Car le rôle d’un urbaniste est de nouer le dialogue entre les politiques locales et les habitants impactés par les transformations urbaines, et cela suppose d’aller éveiller l’intérêt des citoyens sur des sujets qu’ils n’ont pas toujours l’impression de maîtriser.
C’est également un grand défi personnel à relever : proposer un serious game qui ne soit ni moralisateur ni trop sérieux. Ainsi, nous sommes avant tout motivés par son aspect expérimental. Si ce projet n’est pas totalement lié à nos études et que nous n’avons pour l’instant pas l’objectif de nous y projeter professionnellement, nous souhaitons en faire un laboratoire d’idée pour une nouvelle génération de serious game. Beaucoup de nouveaux projets misent sur le numérique, nous, nous souhaitons pousser la réflexion du côté de l’imaginaire et de la narration. Dans un contexte de crises, d’urgences et de peurs, n’est-il pas important de retrouver notre confiance ?

Ambitions : Quel but poursuivez-vous ?
Thimoté Lebrun : Il s’agit simplement d’une approche détournée pour parler avec des habitants d’un sujet qui va fortement impacter leur pouvoir en tant que citoyen. Dans tous les cas, nous n’étions clairement pas dans notre zone de confort et chaque étape du projet était une découverte pour nous. Heureusement, nous vivons à l’ère d’Internet, et nous avons comblé nos lacunes en expérimentant régulièrement de nouvelles méthodes, des outils et des articles susceptibles de nous aider. On en rit maintenant, mais tout a commencé avec une question sur google : « Comment organiser un escape game ? »

Ambitions : Comment La Riposte va-t-elle vous soutenir ?
Thimoté Lebrun : Au-delà de l’aide financière que La Riposte nous a apporté, nous bénéficions, grâce à cet appel à projet, d’une toute nouvelle visibilité qui va grandement faciliter le développement de l’association. Il n’est pas toujours simple en tant qu’étudiants de faire valoir notre légitimité et notre capacité à mener à bien un projet ambitieux, donc la reconnaissance d’un tel prix est une véritable chance.
L’accompagnement dont nous allons bénéficier va également nous permettre de fédérer une communauté autour du projet qui permettra d’approfondir nos compétences en game design. Grâce à une bonne organisation de l’association, à une stratégie bien ficelée de communication et de recherche de financement, nous espérons avoir les moyens d’explorer de nouvelles façons de raconter des histoires, d’embarquer les joueurs dans notre univers et de transmettre des émotions afin de mieux porter notre message.

Ambitions : Un calendrier prévisionnel ?
Thimoté Lebrun : Nous n’avons pas de dates précises en tête. Nous avons deux priorités : recruter une équipe de bénévoles motivés pour rejoindre l’aventure sur le long terme et améliorer le jeu dans toutes ses dimensions.
Une fois l’escape game 2.0 mis sur pied et testé, nous relancerons régulièrement l’expérience pour la faire vivre à un maximum de public.
A partir de septembre 2019, Y Escape Game sera présent dans la ville de Caen, en Normandie, où je vais poursuivre mes études. Dans l’idéal, nous souhaiterions exporter notre escape game dans d’autres villes de France, à chaque fois qu’une personne impliquée dans l’association s’installera dans une autre ville.
Enfin, sur le moyen terme, nous prévoyons d’écrire de nouvelles histoires et de nouveaux jeux autour du personnage d’Y, afin de pousser la réflexion des fake news sur des thématiques comme le green washing ou la désinformation.

La semaine prochaine Episode 4
Recup répond à nos questions. Comment ont-ils élaboré ces projets ? Quelle est leur originalité ? Est-ce l’aboutissement d’années d’études ou une réorientation ? Est-ce une façon de vivre ses rêves ou l’envie de créer une structure indépendante ? La Risposte, est-ce un tremplin ? Sont-ils déjà opérationnels ?

E-CONTACTS

www.facebook.com/YEscapeGame/


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