Jean-Paul Augereau, concepteur d’eau potable.

Safe Water Cube

De l’eau potable pour tous

 

Texte Sandrine Edery – Photos Safe Water cube
PUBLIÉ LE 21 JANVIER 2018

Certaines initiatives ont le don de simplifier des situations qui paraissent insurmontables. Safe Water Cube en est un exemple. Son créateur, Jean-Paul Augereau, fait partie de ceux qui inventent leur vie. Son histoire est de celles qui donnent tout son sens à Ambitions.

Depuis 1995, Jean-Paul Augereau était dirigeant d’une entreprise de sérigraphie, il imprimait, par exemple, les slogans d’une célèbre marque de soda sur nos parasols. Lors d’un voyage professionnel en Egypte, il contracte une septicémie suite à l’ingestion d’une eau souillée, dans un hôtel. S’en suivent des complications de santé et une phase de reconstruction qui l’amène à se dire que cette résurrection est porteuse d’une mission. Celle de se consacrer à rendre l’eau potable et accessible à tous.

Apprivoiser la technique, avant de se jeter à l’eau

La fontaine à eau a été pensée et développée pour s’adapter aux régions où l’accès à l’eau potable est devenu l’une des plus grandes problématiques sanitaires. Cela concerne environ plus d’un milliard de personnes.
Comment se présente le Cube ? Il s’agit d’un récipient en inox de 80 kg, de 1,20 X 0.50 m, entièrement mécanique et facilement transportable. Il rend potable 1 000 litres d’eau par heure, couvrant ainsi les besoins quotidiens de 1 000 personnes.
Une fois la fontaine remplie d’eau souillée, il n’y a plus qu’à actionner une pompe manuelle pour guider l’eau vers 5 étapes de filtration, dont une filtration céramique très fine qui débarrasse le liquide de toute bactérie et de tout virus sans pour autant détruire les minéraux. Côté maintenance, seul un filtre a besoin d’être remplacé tous les trois à quatre mois, pour un coût de 12 €. Les autres filtres, fournis avec la fontaine, s’entretiennent par un simple nettoyage à l’eau ou au vinaigre. L’eau obtenue est consommable immédiatement.

Une fontaine à Madagascar.

Les ruisseaux font les grandes rivières

« Ce sont toujours les associations locales déjà implantées dans les villages qui viennent vers nous, précise Jean-Paul Augereau. Elles interviennent dans les secteurs de l’éducation, de l’agriculture et de la santé. C’est une chance pour nous, car elles ont déjà un lien avec les populations. Ainsi, nous n’arrivons pas en terre inconnue. »

Le premier contact permet d’évaluer les besoins. D’une part, déterminer le nombre de personnes concernées afin d’installer suffisamment de fontaines. D’autre part, analyser la problématique de l’eau. Vient-elle d’un puits, d’une mare, d’une rivière ? Une fois qualifié et quantifié, le projet devient réalité. La phase du financement prend alors le relais et ce sont des particuliers, des entreprises partenaires, des fondations, des agences de l’eau qui se mobilisent pour réunir les 5 500 euros nécessaires à la livraison d’un Cube. « Les personnes qui nous financent sont sensibles aux problèmes de l’eau, ils en comprennent l’enjeu. Nous emmenons certaines entreprises qui nous soutiennent et, croyez-moi, ils s’en souviennent toute leur vie », sourit Jean-Paul Augereau.
Environ 500 projets sont, aujourd’hui, en ligne, 60 ont été financés la première année et 87 sont déjà préfinancés pour 2018.

Un avenir qui coule de source

Une fois le projet financé, les équipes de l’école du village sont les premières contactées car elles jouent un rôle double. Elles expliquent aux villageois le mode d’emploi des fontaines et organisent les représentations de la pièce de théâtre La Malédiction des Gnouilles, que Jean-Paul Augereau a créé et dont il se sert comme moyen de communication. Grâce à cette pièce, les enfants sont sensibilisés à l’importance de se laver les mains, de ne pas gaspiller, de boire de l’eau potable pour éviter certaines maladies… Et en l’interprétant, ils transmettent à leurs familles leurs connaissances et préparent la communauté à l’arrivée de la fontaine.

Lorsque l’équipe de Safe Water Cube arrive sur place, il ne reste plus qu’à former deux à trois personnes qui seront responsables de la fontaine, dont l’installation ne nécessite pas plus de 2 jours. Cet événement est surtout l’occasion de faire une fête, durant laquelle les enfants rejouent la pièce de théâtre.

Des projets éducatifs sont effectués avec les enseignants d’écoles primaires
et de collèges pour des enfants âgés entre 6 et 15 ans.

Fontaine, je boirai de ton eau

Les responsables de la fontaine ont pour mission de pomper et d’entretenir les filtres. Chaque semaine, ils envoient, par sms, au siège de Safe Water Cube, un état des compteurs : le nombre de mètres cubes consommés dans la semaine et le nombre de nettoyages effectués. « Ainsi, nous suivons toutes les fontaines que nous installons dans le monde et intervenons en cas de problème », clarifie Jean-Paul Augereau.
Ce travail est rémunéré par chaque famille du village, à raison de 50 centimes d’euros par mois quelle que soit sa consommation d’eau. Cela correspond à un vrai salaire d’environ 3 euros par jour. L’eau représente, en Afrique 1/200e d’un salaire. En France pour une personne qui gagne le Smic la facture d’eau représente 1/150e.

Inonder les pays de ce projet

100 millions de personnes peuplaient l’Afrique en 1900. On en prévoit 2,5 milliards en 2050, avec des villes de plus de 2 millions d’habitants. Les migrations des villageois vers ces villes créent d’énormes bidonvilles avec ses problèmes sanitaires, sociaux et de retraitement des déchets. Pour lutter contre cette situation et stopper cet exode, il faut former les enfants et leur permettre d’aller à l’école. « On a permis à ces enfants de ne plus être malades, c’est fabuleux », souligne Jean-Paul Augereau. En deux ans, Safe Water Cube s’est implanté dans neuf pays : l’Inde, le Sri Lanka, le Bénin, Madagascar, le Cameroun, le Sénégal, Haïti, le Maroc et le Mexique. S’il faut déplacer des montagnes pour permettre à tous de boire sans danger, ce n’est pas un problème.

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