Acheter en vrac

Tendance éco-citoyenne ou solution économique ?

Cette enquête a été réalisée en complément de l’émission de radio Ça commence par nousFaire ses courses en vrac, diffusée le samedi 10 mars, à 13 heures sur Raje. L’émission est animée par Julien Vidal de Ça Commence par moi

Texte équipe Ambitions – Photos Day by day, Naturéo
PUBLIÉ LE 10 MARS 2018

La vente de produit en vrac va-t-elle réussir à séduire les consommateurs responsables, les personnes soucieuses de maîtriser leur budget et les partisans du bien-manger ? 16 % des Français disent avoir déjà acheté en vrac. Reste 84 % à convaincre pour que ce marché, encore fragile, se développe.

Le vrac, qu’est-ce que j’y gagne ?

EN GRANDES SURFACES

Emballage : sacs en papier ou en plastique fournis

Budget (exemples)
Conventionnel, c’est-à-dire non bio (prix au kg)
Cumin moulu : 12 € contre 26 € emballé
Noix de cajou : 23,50 € le kilo contre 16 € emballé
Céréales au chocolat : 2,83 € contre 5,11€ emballé

Bio (prix au kg)
Noix de cajou : 27,50 € contre 16 € emballé
Corn flakes : 5,40 € contre 5,50 € emballé
Riz long blanc (provenance Inde) : 3,20 € contre 2,40 € emballé
Riz semi-complet (provenance Inde) : 3,60 € contre 5,20 € emballé (provenance Camargue)
Coquillette (origine UE) : 1,50 € contre 1,60 € emballé

Provenance des produits : UE et non UE, mode de production non renseigné

Qualité des produits : discount, pas d’indication sur une qualité supérieure

Qualité du service : peu de choix car les rayons sont faiblement pourvus. En outre, dans certaines enseignes, le client doit attendre qu’un vendeur le serve, ce qui peut prendre du temps !

 

DANS UN MAGASIN MIXTE : DAY BY DAY à Boulogne-Billancourt (92100)

Emballage : sacs en papier, contenants verre ou plastique fournis

Budget (exemples, les prix peuvent varier d’une épicerie à l’autre)
Conventionnel, c’est-à-dire non bio (prix au kg)
Café 100 % arabica :19,90 € (moulu à la demande) contre 10 à 15 € emballé en épicerie proposant le même produit.
Pâte à tartiner : 31,50 € contre 12 € en pot en grande surface (sans huile de palme)
Riz de méditerranée : 1,90 € (équivalent grande surface riz Taureau ailé 1,85 €)
Pâtes torsades Alsace : 4,20 € (équivalent grande surface 4,50 €)
Lessive hypoallergénique : 2,99 € (équivalent grande surface 4 €)

Bio (prix au kg)
Riz 3 saveurs bio : 2,95 € (équivalent grande surface 5,20 €)
Palets bretons pur beurre :13,90 € (équivalent grande surface 19,70 €)
Penne tricolores : 6,20 € (équivalent grande surface 4,70 €)
Lessive hypoallergénique : 4 € (équivalent grande surface 5 €)

Provenance des produits : UE et non UE, mode de production non renseigné

Qualité des produits : seulement 25 % de bio.
Pas d’indication sur des niveaux de qualités différentes.

Qualité du service : plus de 750 références.
Les clients peuvent être conseillés dans leur sélection. Pas de producteurs de proximité, tout est géré par la centrale d’achat. Les produits sont suivis tout au long du cycle de vente, grâce à un code présent sur chaque lot. En magasin, les informations d’origine, de composition et de valeurs nutritionnelles sont indiquées sur chaque bac et bocal.

DANS UN MAGASIN DU RÉSEAU BIO NATURÉO à Vauréal (95490).

Emballage : sacs en papiers fournis

Budget (exemples)
Bio (prix au kg)
Palets bretons pur beurre : 24,90 € (équivalent grande surface 19,70 €)
Pois cassés : 3,50 € contre 5 € emballé
Corn flakes : 4,90 € contre 7 € emballé
Sucre de canne blond : 2,90 € contre 2,60 € emballé (promo)
Noix de cajou : 26,90 € contre 32 € emballé
Riz de Camargue : 3,70 € contre 4,19 € emballé (promo)
Coquillettes : 2,30 € contre 3 € emballé

Provenance des produits : Essentiellement de France

Qualité des produits : pas de différence entre la provenance des produits emballés et le vrac, la qualité est maintenue

Qualité du service : rayon assez modeste, pas de produits d’hygiène.
Plus de 200 références.
Producteurs locaux choisis par chaque magasin
A noter, un catalogue de prix, en ligne : https://www.natureo-bio.fr/catalogues/

Entretien avec Didier Onraita
Cofondateur de day by day, réseau français d’épiceries en vrac.

« Nous voulons démocratiser la vente en vrac »

Interview Sandrine Edery

Il créé en 2013, avec David Sutrat, « day by day », le premier concept français d’épicerie de proximité, en vrac. A ce jour, 34 magasins à travers la France proposent au consommateur 750 références vendues à la quantité demandée, sans emballage ni marketing imposés.

Ambitions : Comment fonctionne le réseau DbD ?
Didier Onraita : Les franchisés proposent exactement les mêmes produits, choisis et négociés par notre centrale d’achats, qui s’est implantée à Dreux, en juillet 2017. Au total, chaque magasin propose 750 références.

Ambitions : Vos produits sont-ils tous issus de l’agriculture biologique ?
D. Onraita : Non, ils sont à 25 % bio ou éco certifié ; nos clients étant plus attentifs au mode de production qu’au bio.

Ambitions : Qui sont vos clients ?
D. Onraita : C’est une population plus éduquée, qui a pris conscience de sa manière de consommer. Elle n’est pas forcément très aisée. Mais elle s’inscrit dans un mouvement sociétal qui tend à consommer plus responsable.

Ambitions : Quels sont les produits les plus vendus en vrac ?
D. Onraita : Les amandes, les noisettes, tous les noyaux et fruits secs ainsi que les produits d’hygiène.

Ambitions : Quels sont les produits que vous ne pouvez vendre ?
D. Onraita : La viande, le lait, les jus de fruits, les crèmes corporelles. Pour ces produits, il n’existe pas de solutions techniques pour garantir l’hygiène et les normes sanitaires.

Ambitions : Le vrac est-il moins cher que l’emballé ?
D. Onraita : Non, car ce qui est gagné en emballage et en marketing est perdu en entretien des contenants.

Ambitions : Quels sont vos concurrents ?
D. Onraita : L’emballé, car comme nous sommes un nouveau marché, il n’y a pas encore de concurrence entre magasins de vrac.

Ambitions : Avez-vous des grandes marques qui ont accepté de vendre en vrac ?
D. Onraita : Non, au contraire, les grandes marques sont très réticentes car il n’y a pas de positionnement publicitaire.

Ambitions : Quels sont vos projets ?
D. Onraita : On a une vocation à démocratiser le vrac, sinon l’impact environnemental sera égal à 0.


Frédéric Dufour, nouveau franchisé day by day
à Boulogne-Billancourt.

Chez day by day, le 100 % vrac

Le magasin a ouvert le 12 septembre 2018. Il est situé dans une petite rue du centre-ville de Boulogne-Billancourt. La devanture orange est minimaliste et, en vitrine, pas de mise en avant de marques ou de promo. Cet accueil minimaliste et presque « désintéressé » a quelque chose de séduisant. Frédéric Dufour, le manager, nous résume le concept de son épicerie en citant la remarque que lui font souvent ses clients : « Je prends juste ce dont j’ai besoin. » Et il en est fier car tel est le principe de son épicerie totalement en vrac.

Qu’est-ce-qu’on mange ?

Fans de l’escalope ou de la côté de bœuf, passez votre chemin. Ici, on ne vend que des produits secs. Ainsi, l’éventail des denrées est digne d’un petite épicerie de quartier (riz, pâtes, céréales, thé, café, gâteaux…) à la différence près qu’on ne profite d’aucune promotion dans le genre « 3 paquets pour le prix de 2 ». Et pour cause, pas de boîtage ni de bocaux garnis en vue, mais des sacs kraft fournis par la franchise et des bocaux vides tous azimuts. A chacun d’y verser ce dont il a besoin. Et pas de caprices possibles aux enfants qui accompagnent leurs parents : « C’est tellement facile d »acheter un gâteau à l’unité », s’enthousiasme Fréderic Dufour. Il n’y a pas de minimum imposé.

Comment fait-on pour acheter en vrac ?

Le client peut venir avec ses propres contenants, sachets, bocaux en verre ou en plastique (la tare étant inscrite sur le fond du récipient), ou alors profiter des récipients mis à disposition dans le magasin. Ensuite, à chacun d’acheter ce dont il a besoin. Nombre de produits secs sont proposés en full service. En appuyant sur la tirette de hauts bocaux de verre, les denrées tombent dans le récipient qu’on a pris soin de glisser dessous. Une fois totalement vidés, ces bocaux de verre sont nettoyés.
Au rayon droguerie, le client est obligé, lors du premier achat, d’acquérir le contenant du fournisseur, dûment étiqueté et cela pour chaque produit. À sa charge ensuite de le remplir de lessive, savon ou autre adoucissant.

Qu’est-ce que ça change ?

Pour Frédéric Dufour et pour sa clientèle, il est essentiel de réduire ses déchets. Et on ne dira pas le contraire. Avec le vrac, il est vrai qu’il n’y a, à priori, pas de gâchis. « Très rapidement, on parvient à faire de 5 à 20 % d’économie sur ses courses », calcule-t-il. Ainsi, le consommateur n’achète que ce dont il a besoin, ne stocke plus, ne jette plus, dépense moins. C’est bon pour son portefeuille et c’est bon pour la planète.

Chez Naturéo, 100 % bio mais une offre vrac modeste

Le magasin fait parti d’un réseau de 54 enseignes, et 20 nouvelles ouvertures sont prévues en 2018. Autant dire que l’époque est dédiée au « consommer mieux ». Dans le magasin de Vauréal, le rayon vrac est assez modeste et n’offre qu’un choix d’épicerie de base. Ici ni café ni thé, car il faudrait proposer à la clientèle plusieurs variétés, ce qui n’est pas encore à l’ordre du jour. Toutefois, au siège de Naturéo, on réfléchit au développement de la gamme du vrac, même si le vrac ne constitue encore qu’une offre secondaire. Lorraine, la responsable épicerie souligne : « 2 clients sur 3 achètent au moins un sachet de produits en vrac. »

Côté budget

L’économie est flagrante, de 2 à 10 euros de différence entre le vrac et l’emballé, sauf en cas de promotion où l’emballé sort grand vainqueur.

Côté qualité

Lorraine précise que les « produits en vrac sont les mêmes que ceux emballés ». La provenance française est privilégiée et l’étiquetage est très clair. Sous contrôle de la centrale d’achat, chaque magasin peut sélectionner des producteurs bio locaux, une initiative qui apporte un vrai plus au rayon vrac.

L’ avis d’ Ambitions

C’est vrai que l’idée du commerce en vrac est attirante. Toutefois, on pourrait s’attendre à des prix au kilo nettement moins chers puisqu’on se passe du packaging et du marketing. Et pourtant, ce n’est pas criant. Clairement, les économies se font sur la quantité car le vrac permet surtout d’acheter en fonction de ses besoins. Difficile, en effet, de bourrer un petit sac de kraft de quantités gargantuesques.
Concernant la qualité des produits et pour respecter les défis de la consommation durable rien ne vaut le marché pour acheter local et pour maîtriser la traçabilité des produits frais, de saison, cultivés localement. La vente en vrac y existe depuis toujours dans ce commerce ô combien de proximité.
Ainsi, l’atout majeur du vrac reste celui des économies faites grâce à la juste quantité achetée. Toutefois, l’argument, “c’est bon pour la planète”, lui, est terriblement recevable.

QUELQUES ADRESSES EN VRAC

– Au Grain près, 3 avenue Pasteur, 13007 Marseille
– Unverpackt, premier supermarché au monde dédié au style de vie zéro déchet, Vienne rue 16 
10999 Berlin et boutique en ligne pour les autres pays européens
– La Recharge, 38 rue Sainte-Colombe, 33000 Bordeaux
– La Juste Dose, 14 rue du Cheval-Blanc, 54000 Nancy
– Mamie Marie, 97 rue de Créqui, 69006 Lyon
– Opoa, 30 rue Albert-Thomas 75010 Paris
– L’association Réseau Vrac, regroupe des professionnels de la vente en vrac
– Le site www.mescoursesenvrac.com permet de tout acheter bio et zéro-déchet, en ligne

ET AUSSI…

https://www.acheteralasource.com référence la majorité des producteurs et cultivateurs français afin de vous faire profiter des produits de meilleure qualité et de favoriser la vente directe du producteur au consommateur.
– L’appli ConsoVRAC recense nombre de magasins en France, toutes enseignes confondues, proposant du vrac. Le menu de cette appli est comme une liste de courses, on clique sur un produit (soin du visage, huile, plante…) et on obtient la liste des magasins qui le propose. On peut aussi trier les magasins par proximité, se faire un onglet de favoris ou rechercher le top du vrac. Un smiley vous invite aussi à « convaincre mon commerçant » d’emballer durablement !